Label frontière
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Hier, le Conseil d’Etat genevois a présenté un nouveau label distinguant les entreprises engageant des chômeurs de longue durée. Un instrument incitatif gagnant-gagnant. L’Etat montre ainsi qu’il lutte contre un phénomène dramatique, tandis que l’entreprise met en avant sa responsabilité sociale. Tout va bien dans le meilleur des mondes...
A voir. Car le ministre François Longchamp élude le contexte extrêmement violent de stigmatisation des frontaliers qui gangrène le canton. Mardi, à l’occasion du 1er Mai, les syndicats ont placé la fête des travailleuses et des travailleurs sous l’étendard de la solidarité avec cette catégorie de la population qui, dans la cible des populistes, a remplacé les immigrés des années 1970. Plutôt que de chercher des boucs émissaires aux difficultés – chômage ou embouteillages –, les syndicats et les partis de gauche ont appelé à l’union contre les abus des patrons qui pratiquent la sous-enchère salariale, peu inquiétés par la poignée de fonctionnaires censés les traquer.
Le 1er Mai, le défilé des employés de Merck Serono a éclipsé l’appel contre les tentatives de divisions de la classe laborieuse, alors qu’il aurait dû l’amplifier: ce licenciement collectif montre combien le destin de l’ensemble de l’agglomération franco-valdo-genevoise est lié, dans la prospérité comme dans l’adversité. Près d’un tiers des employés remerciés sont frontaliers et le combat sera d’autant plus victorieux qu’il sera commun aux régions sinistrées.
Pour sa défense, François Longchamp n’a pas défilé aux côtés des collaborateurs du géant de la biotech, ni écouté les discours fustigeant la xénophobie au bout du lac. Sinon, il n’aurait peut-être pas jugé si «évident» d’exclure les chômeurs frontaliers du label. Mais, comme a insisté à ses côtés le directeur d’une grande entreprise, un patron «responsable» engage, à compétences égales, un sans-emploi «local» puis un travailleur «local» et, en tout, tout dernier recours, un frontalier. A ce stade, peu importe qu’il soit chômeur ou non. Car, on l’aura compris, il y a chômeur et chômeur.
La distinction présentée hier marque bien une préférence cantonale qui ne dit pas son nom. Une mesure «incitative et non répressive», s’est vanté le ministre de l’Emploi. Plus explicites ont été les propos du directeur de l’Hôpital cantonal justifiant la discrimination envers les frontaliers aux HUG – et légitimés par le président du Conseil d’Etat Pierre-François Unger.
Le suivisme du gouvernement derrière le succès populiste alimente le climat nauséabond au bout du lac, où un tract appelant à brûler les maisons des frontaliers a circulé. Ou n’aurait-on rien compris? Car nos bons gestionnaires luttent contre le chômage! En annonçant l’austérité dans le service public?
Hier, l’Agglo a enfin trouvé un nom: le «Grand Genève». Comme pour souligner la petitesse de son épicentre.





