Jeudi, 20 juin 2013

Patrie pirate

MARDI 01 MAI 2012

Trois milliards de francs. Trois mille millions de francs, c’est le montant pharaonique du rabais fiscal dont la transnationale minière Vale aurait bénéficié entre 2006 et 2009. Divulgué dimanche soir par la RTS, ce chiffre se base sur une analyse des résultats de la société mère brésilienne Vale SA, dont la filiale s’est installée il y a plus de cinq ans à Saint-Prex (VD).

Bien qu’approximatif – secret fiscal oblige –, le portrait financier de Vale International réalisé par l’économiste socialiste Samuel Bendahan n’en demeure pas moins impitoyable. La filiale de l’entreprise brésilienne, qui arrivait en Suisse déclarant un «bénéfice prévisible» de quelques dizaines de millions de francs, aurait dégagé annuellement entre 2,5 et 5,3 milliards de francs de profit. Taxée en Suisse sur la base de ses seules prévisions, l’entreprise a donc épargné gros sans offrir grand-chose en retour. En ne tenant pas compte des années 2010 et 2011, le cadeau helvétique flirte déjà avec les 60 millions de francs par emploi créé! Qui dit pire?

Pourtant, malgré l’ampleur de la perte financière, la première victime de Vale n’est pas à chercher du côté de l’administration fiscale vaudoise ou suisse mais bien outre-Atlantique, au Brésil. Car depuis son refuge lémanique, la firme pratique, semble-t-il à merveille, ce que l’on appelle pudiquement l’«optimisation fiscale», soit l’exfiltration des bénéfices réalisés partout dans le monde vers les comptes d’une société sœur située dans un paradis fiscal. Selon les calculs de Samuel Bendahan, la filiale suisse de Vale SA – essentiellement tournée vers le trading et représentant 0,05% des emplois – aurait porté à son bilan au moins 40% des bénéfices mondiaux du groupe…
Au Brésil, cette exportation des profits – avec la complicité des autorités suisses – passe extrêmement mal. D’autant plus mal que Vale exploite le patrimoine minier national accumulé en cinq décennies par l’ex-société publique Companhía Vale do Rio Doce, privatisée en 1997 par le social-libéral Fernando Henrique Cardoso. La transnationale possède notamment l’essentiel des réserves brésiliennes de fer, des gisements d’or, d’uranium, des ports et des chemins de fer. Or, Vale SA distribue chaque année à ses actionnaires davantage que les 3,5 milliards de dollars qu’avait rapportés sa vente en 1997! En 2011, elle a ainsi pu déclarer un bénéfice net de 22,8 milliards de dollars, dont plus de la moitié sont partis en dividendes.

S’ils voient s’envoler les bénéfices, les Brésiliens, en revanche, conservent les désagréments liés à l’activité du groupe, à l’instar de la construction du fameux barrage Belo Monte ou les dégâts environnementaux et sociaux causés par les exploitations minières. En 2010, Vale est même parvenue à fédérer, malgré elle, une cinquantaine d’importantes organisations sociales brésiliennes pour réclamer sa renationalisation.
En faisant un pont d’or fiscal à une telle société, le canton de Vaud se comporte comme un vulgaire receleur, un repaire de pirates au bord du Léman. Ce qui ne semble pas émouvoir la majorité de gauche au Conseil d’Etat.

Collaboration: Beat «Tuto» Wehrle et Sergio Ferrari.

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Portrait de chv.labelbleu

Fortune partie : patrie pirate !

Comme vous, ce genre d’excès me fait bondir. Je suis née en 1949, mes parents étaient du début du XXème siècle. A l’adolescence déjà, je trouvais la Suisse menteuse: sa façade de droiture et d’honnêteté morale ne cadrait pas avec le recel bancaire. J’étais source de désespoir pour mes parents qui voyaient notre pays comme le plus respectable au monde. Fidèle à ma ligne éthique, j’ai toujours payé mes impôts sans aigreur, et sans cacher quoi que ce soit: enseignante, les impôts des autres assurent ma subsistance.

Millions, milliards… pour nous qui ne calculons qu’en milliers, la différence n’est pas évidente. Alors voici qui va vous la rendre plus visuelle :

Si un million de francs représente une pile de 10 centimètres de billets de frs 1000.-, un milliard, c’est 100 mètres de ces mêmes billets !