Nanomesures fédérales
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Ne dites pas nanoparticules, dites nanotechnologies. Ça rassure. Et l’objectif paraît prioritaire, à entendre le message délivré hier par le Conseil fédéral.
Quatre ans après le lancement de son «plan d’action» ad hoc, le gouvernement a annoncé son intention de… le prolonger jusqu’en 2015. Berne admet méconnaître l’ampleur des risques de l’utilisation des nanoparticules synthétiques. Ce qui ne l’empêche pas de s’alarmer de la méfiance croissante dans la population. Chacun ses préoccupations!
Ignorant sans fausse pudeur le principe de précaution, les sept sages ont redit la volonté confédérale de développer ces technologies, qu’ils admettent pourtant ne pouvoir encadrer légalement, faute «de prescriptions spécifiques» sur l’usage des nanomatériaux. Ainsi, Berne reconnaît n’avoir pas la moindre idée de la façon de «dépolluer» ni de recycler les déchets contaminés.
Rassurante, la Confédération affirme toutefois qu’aucune nocivité d’un produit nanotechnologique n’aurait été mise en évidence. Et, comme souvent, elle s’en remet au marché: qu’on informe le consommateur sur la présence de nanos, il choisira! Le citoyen tranchera au quotidien, devant les étals, le dilemme que les experts et les responsables politiques se refusent à assumer.
Il faudra s’en souvenir si – comme le craignait le biochimiste lausannois Jürg Tschopp – «ces particules deviennent l’amiante du futur»1. Avec des collègues français, ce chercheur, lauréat en 2008 du Prix Louis-Jeantet de médecine, décédé l’an dernier, a démontré les propriétés inflammatoires du TiO2, un nanomatériau produit par millions de tonnes comme pigment et opacifiant, pour des crèmes solaires, des peintures, des cosmétiques ou des colorants alimentaires.
En France, l’Agence de sécurité sanitaire (AFSSA) alerte de son côté sur «l’impossibilité d’évaluer les risques sanitaires liés à l’ingestion» de nanoparticules synthétiques. Pour mémoire: celles-ci se retrouvent dans certains emballages (le PET notamment) et des produits alimentaires.
Ce qui inquiète une partie des scientifiques, c’est la stabilité de ces nanoparticules, incapables – par nature – de se dissoudre ou de durablement s’agglomérer. A l’air libre, ces fragments pourraient être un fléau pour les poumons. Dans l’eau, on ne sait toujours pas comment s’en débarrasser. Et éviter qu’ils ne rejoignent métaux lourds, PCB, nitrates, radioactivité et autres legs de l’ère industrielle.
Bien sûr, rejeter en bloc les vertus de l’infiniment petit n’est guère rationnel. Tout le monde reconnaît les potentialités des nanotechnologies. Mais à force de nous forcer la main, les industriels et leurs affidés finiront par nous dégoûter de la moindre révolution technique.
- 1. www.swissinfo.ch, 7 février 2011.





