Humiliation gênante pour le petit Kim Jong-un
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CORÉE DU NORD • La fusée lancée hier a explosé en plein vol. Un bide pour le jeune Kim Jong-un. Le pouvoir n’a jamais été aussi fragilisé. Pour laver l’affront, il pourrait tenter un essai nucléaire.
Le feu d’artifice à 120 kilomètres d’altitude n’était pas prévu au programme des cérémonies cette semaine du centième anniversaire du père fondateur de la Corée du Nord Kim Il-sung. La fusée qui devait mettre en orbite un satellite a pourtant explosé en plein vol dans la nuit de jeudi à vendredi. Une belle gerbe, un grand plouf dans l’océan et beaucoup de vagues, non seulement au sein de la communauté internationale (voir ci-contre), mais aussi, et surtout, au sein du régime de Pyongyang.
«Il n’y a jamais eu une telle fragilisation du pouvoir», insiste Pierre Rigoulot, spécialiste du communisme et directeur de l’Institut d’histoire sociale (IHS), à Paris. «Ceux qui ont poussé à faire ce tir vont en faire les frais. Des têtes risquent bien de tomber. Le début des hostilités va commencer dès la semaine prochaine.»
Lutte de clans
Kim Jong-un n’avait pas besoin de ce bide historique trois mois et demi seulement après avoir succédé à son père, dont il n’a de loin pas l’autorité. Jugé trop jeune, peu préparé à ses nouvelles fonctions, le rejeton de Kim Jong-il doit composer avec l’armée, le parti communiste, les services secrets et les grandes familles. Les luttes de clans sont inévitables.
Le «leader suprême» manque aussi de légitimité. Il n’est par exemple que premier secrétaire du parti, alors que son père et son grand-père occupaient le poste envié de secrétaire général. Et sa promotion hier à la tête de la Commission de défense nationale? «C’est une nomination destinée à montrer que tout va bien malgré l’échec du tir», tempère Pierre Rigoulot.
Les autorités nord-coréennes risquent même de sortir la grosse artillerie pour tenter de faire oublier ce fiasco mortifiant. Elles pourraient procéder à l’essai nucléaire que la communauté internationale redoute tant, comme elles l’avaient fait après l’échec du lancement d’un satellite il y a trois ans.
Ne pas perdre la face
«Le régime ne veut pas perdre la face», estime Pierre Rigoulot. «Il y a quelques jours, un satellite a repéré qu’un tunnel était creusé, comme avant la dernière explosion nucléaire.» Ces préparatifs seraient en cours sur le site de Punnggye-ri, qui a abrité les deux essais nucléaires de 2006 et 2009. «Techniquement, les Nord-Coréens peuvent procéder à un essai à terre», assure le spécialiste.
En revanche, ils ne semblent pas encore capables de nucléariser des missiles. L’échec de la fusée révèle d’ailleurs les limites technologiques du pays, notamment pour les tirs à longue portée. Ils avaient déjà fait un flop avec deux autres lancements de satellites en 1998 et 2009. «Pourtant, ils ont de bonnes connaissances balistiques car les missiles utilisés par les Pakistanais et les Iraniens sont de technologie nord-coréenne», analyse Pierre Rigoulot. «Et ces pays peuvent les envoyer jusqu’en Suisse s’ils le veulent.»
La fusée n’a pas été à la hauteur. Une à deux minutes après le décollage, elle a explosé à 120 km du sol. Elle s’est désintégrée en quatre morceaux qui se sont abîmés à 165 kilomètres au large de Séoul. Pyongyang entendait mettre en orbite un satellite civil d’observation terrestre. La communauté internationale y voyait un essai déguisé de lancement de missile balistique servant à améliorer la maîtrise d’armes à destruction massive. Une chose est sûre: la technologie de la fusée pourrait être utilisée à des fins militaires.
Pas de mensonge
Le régime communiste entendait faire l’étalage de ses progrès technologiques, en entrant dans le club réduit des nations spatiales. «Il voulait montrer au monde sa puissance militaire, sa principale source de légitimité», ajoute Valérie Niquet, directrice du centre Asie de l’Institut français des relations internationales (IFRI), à Paris.
Raté. L’arrogance du régime lui a explosé en pleine figure. Une humiliation d’autant plus gênante qu’il s’est donné en spectacle devant la presse internationale: il a annoncé tambour battant ce tir, conviant au centre spatial de Thongchang-ri (au nord-ouest du pays) des dizaines de journalistes étrangers pour assister au lancement, point culminant des cérémonies du centième anniversaire du père fondateur.
«C’était un tir particulier car rien n’a été fait comme d’habitude», poursuit Valérie Niquet. «Le régime s’est montré transparent comme s’il voulait donner des gages que c’était un tir pacifique, comme pour amorcer une ouverture. D’ailleurs, les Nord-Coréens ont été transparents jusqu’au bout en annonçant l’échec à la population, ce qui n’était jamais arrivé.» Faut-il y a voir des signes de changement? Les dirigeants martèlent que les festivités autour du centenaire de Kim Il-sun devaient faire entrer le pays dans une ère de prospérité. Pierre Rigoulot n’exclut pas que le jeune leader annonce des réformes à la cubaine. «Je ne serais pas étonné qu’il procède à des améliorations des conditions de la vie des gens et à des réformes, un peu à l’image de ce qu’a fait Raoul Castro.» I






