Mercredi, 25 janvier 2017

La RIE III, un pari (trop) risqué sur la relance

Jeudi 12 janvier 2017

Prétendre que la baisse de l’imposition des entreprises se traduirait par la relance, selon le syndicaliste Paolo Gilardi, «relève au mieux de la béatitude, au pire de l’escroquerie».

La RIE III, un investissement pour la relance? C’est en ces termes que nous est présentée la troisième réforme de l’imposition des entreprises soumise au vote le 12 février. En gros, le raisonnement est simple: baissons les impôts sur les bénéfices, cela permettra de réinvestir les sommes économisées et de créer des places de travail, de la richesse et, «dans cinq ans», d’enregistrer de nouvelles rentrées pour les finances publiques.

Ce raisonnement est tenu par une étude commanditée par le Conseil d’Etat genevois à l’Université, étude qui met néanmoins en garde sur le fait que «cette baisse [de la fiscalité des entreprises] ne doit pas être compensée […] par une baisse des dépenses publiques». Autrement dit, pour que l’hypothétique relance ait lieu grâce aux économies d’impôts, il faudra que l’Etat continue à dépenser…

Or, bien que d’âpres marchandages semblent se dérouler en coulisse (Tribune de Genève, 7 décembre 2016), rien ne garantit que les partis bourgeois renonceraient à s’en prendre aux dépenses publiques pendant cinq ans au moins. D’ailleurs, qui pourrait empêcher que, même si une «trêve fiscale» était signée entre les partis gouvernementaux, de nouvelles attaques contre les dépenses publiques ne soient lancées par des forces extraparlementaires au service des milieux patronaux?

Mais, même si rien de tout cela venait à se produire et que les loups se muaient par miracle en agneaux, croire que la baisse de l’imposition des entreprises se traduirait par la relance relève au mieux de la béatitude, au pire de l’escroquerie: aucune garantie n’est donnée que les économies d’impôts réalisées seraient réinvesties.

Bien au contraire, ce à quoi l’on assiste depuis des années, ce n’est pas à une intensification des investissements, mais bel et bien à l’accroissement de la rémunération des actionnaires et à la spéculation sur les capitaux. Pourquoi en serait-il du coup autrement? D’ailleurs, qui donc pourrait obliger les conseils d’administration à réinvestir les bénéfices réalisés plutôt qu’à verser de juteux dividendes aux actionnaires? Personne, évidemment!

Il s’agit, ainsi que le dit la conseillère d’Etat Anne Emery-Torracinta dans la Tribune de Genève du 10 décembre dernier, d’un «pari dont la réussite devra être vérifiée». Un pari dont la mise de départ serait d’un demi-milliard de francs par an pour le canton et les communes genevoises et de 2 à 3  milliards, toujours par an, pour la Confédération! De plus, en admettant que les propriétaires des capitaux investissent les économies d’impôts réalisées, rien ne garantit que c’est en Suisse ou à Genève qu’ils placeraient leur argent: la réalité des délocalisations prouve le contraire...

Quant à moi, je ne fais pas de paris risqués. Et je voterai non à la RIE III le 12 février.

 

Paolo Gilardi, Syndicat des Services publics - SSP région de Genève.

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