Lundi, 16 janvier 2017

Une primaire pour rien?

Mercredi 11 janvier 2017

La joute commence à attirer les regards, en France et même de ce côté-ci du Jura. Demain, les sept candidats à la primaire socialiste (et alliés) s’affronteront lors de leur premier débat télévisé. Objectif: obtenir la casaque rose – déjà trois fois gagnante sous la cinquième République – dans la course à l’Elysée. Et pourtant, une question s’insinue toujours plus, grain de sable dans la mécanique du grand parti de gauche: une candidature socialiste a-t-elle encore un sens?

Le mandat de François Hollande, débuté en 2012 avec un PS au sommet de sa puissance institutionnelle, laisse un parti exsangue. Majorité sénatoriale aux oubliettes, eurodéputation balayée, régions, départements et municipalités passées en masse aux Républicains, le parti à la rose débute la grande année électorale avec un président autodisqualifié et un premier ministre sortant qui fait campagne contre son propre bilan.

Pis, la facilité avec laquelle la chefferie socialiste et l’immense majorité des députés de la majorité ont piétiné leurs engagements électoraux de 2012 (de même que le programme réajusté lors du Congrès de juin 2015), hypothèque la crédibilité même du Parti socialiste. Comment croire les engagements que ses champions ne manqueront pas de prendre – des trémolos dans la voix?

Cette crise de confiance se double d’une crise d’identité non moins profonde. Si la diversité a toujours été la marque d’une gauche en mouvement, l’éclatement actuel du PS a atteint des niveaux inédits. Entre le protectionnisme d’un Arnaud Montebourg et le néolibéralisme d’un Manuel Valls, qui saurait encore décrire le logiciel socialiste? La justice intégrative de Christiane Taubira a-t-elle à voir avec la matraque de Bernard Cazeneuve? L’écologie de Benoît Hamon avec le productivisme d’Arnaud Montebourg? Et on peine à imaginer que des ministres virés ou partis du gouvernement de François Hollande puissent s’entendre, après mai 2017, avec ceux qui les ont supplantés!

Au final, même l’espace politique – un comble pour l’ex-premier parti de France – risque de manquer au futur candidat socialiste. A leur façon – parfois outrancière –, Emmanuel Macron, chantre du social-libéralisme tapageur, et Jean-Luc Mélenchon, bateleur de la gauche républicaine et écologiste, occupent ensemble le même spectre que leurs sept challengers. Et présentent l’avantage d’offrir un choix clair, sans bidouillages d’appareil, entre les deux âmes actuelles du progressisme.

Au vu des sondages, les Français semblent en tout cas trouver leur compte dans cette quadripolarité1 – xénophobes, conservateurs, social-libéralisme, gauche radicale. Les sept candidats du PS et affiliés ont moins de trois semaines pour dessiner une autre perspective.

 

1Vers la quadripolarisation de la vie politique française, Thomas Guénolé, lefigaro.fr (9 janvier 2017).

 
Le Courrier
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