Lundi, 16 janvier 2017
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Prédation en bande

Mercredi 04 janvier 2017

Teodorín Obiang obtiendra-t-il ce mercredi le report de son procès à Paris? Le changement de régime en préparation outre-Jura devrait inciter les juges à ne pas tergiverser et à poursuivre, enfin, le procès de l’héritier équato-guinéen. Fils du dictateur au pouvoir depuis 1979, l’ancien ministre de l’Agriculture et des Forêts de Guinée équatoriale avait bénéficié de la bienveillance sarkozyste pour freiner la poursuite pour «blanchiment de corruption, détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et abus de confiance» engagée il y a dix ans par deux ONG. Mais depuis l’élection de François Hollande, le dossier a prospéré. La justice française a saisi pour des centaines de millions d’euros de biens appartenant au rejeton présidentiel. Logements de luxe, voitures de course, collections d’art, un inventaire digne de la caverne d’Ali Baba, ne laissant guère de doute sur la culpabilité d’un ex-ministre, dont la fiche de paie indiquait quelque 80 000 euros de traitement annuel.

Traqué en France et aux Etats-Unis, Teodorín Obiang avait trouvé, quelques années durant, refuge à Genève, y poursuivant sa vie de stupre et de luxe extrême, avant d’être rattrapé par la justice – notamment grâce aux enquêtes de nos confrères de l’Hebdo. L’ouverture cet automne d’une procédure par le procureur Olivier Jornot – supplantant le défaillant Ministère public de la Confédération – a fait du bout du lac une terre brûlée pour le jet-setteur africain. Cinq ans après les premières saisies françaises, il était temps!

Quelle que soit l’issue des procédures, la fin de l’aveugle complicité franco-suisse dans le pillage de la Guinée équatoriale constitue déjà une première victoire à mettre au compte des ONG plaignantes, Sherpa et Transparency International.

Reste que même une condamnation par contumace ne dissiperait pas le sentiment d’assister à un jeu de dupes, puisque les Etats poursuivant actuellement les excès du fils prodigue sont les mêmes qui favorisent la prédation familiale des Obiang sur ce pays extrêmement riche – pétrole, minerais, forêts – mais débordant de pauvres. Butin partagé avec les transnationales pétrolières, Exxon Mobil et Total en tête, mais aussi avec la plateforme genevoise de trading.
Car si François Hollande a bel et bien tenu sa promesse de laisser la justice agir à sa guise, le président français s’est gardé de toucher aux joyaux de la Françafrique. Et commerce, avec plus d’entrain que jamais, avec d’autres familles ayant fait de l’Etat leur propriété et des richesses naturelles leur patrimoine, telles les pétromonarchies du Golfe. A côté du caricatural Teodorín Obiang, ce sont les familles Al Thani du Qatar et Al Saoud d’Arabie qu’on aimerait voir déferrées devant la Cour correctionnelle de Paris! I

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Report du procès de Teodorin Obiang

Le tribunal correctionnel de Paris a accepté mercredi de reporter au 19 juin le procès de Teodorin Obiang, fils du président de Guinée équatoriale et vice-président de son pays. Il est accusé de s’être frauduleusement bâti en France un patrimoine considérable. > Lire notre éditorial: Prédation en bande A l’ouverture du procès lundi, en l’absence du prévenu, ses avocats avaient ...
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