Samedi, 3 décembre 2016
ÉditoInternationalAttentats de BruxellesPhilippe Bach

Ne rien céder

Mercredi 23 mars 2016

Doit-on s’y habituer? Après le 11 septembre 2001, les attentats de Madrid, ceux de Londres et de Paris, mardi c’est Bruxelles qui a été durement frappé par des actes terroristes, faisant 34 morts et plus de 200 blessés à l’heure où nous mettions sous presse.
On relèvera d’abord la froide loi de la proximité ou du kilomètre-morts. Nous sommes davantage touchés par ce drame – qui n’a pas pris l’avion à Bruxelles? – que par les attentats tout aussi brutaux de ces derniers jours en Côte d’Ivoire (15 morts) ou à Homs et à Damas (180 morts).
On constatera ensuite notre impuissance en la matière. Si ces actions requièrent un minimum de savoir-faire, d’accès à certaines armes, sans oublier une bonne dose de pulsions suicidaires, elles n’impliquent pas un grand degré de compétence ou d’intelligence. Le jour où un commando bien entraîné et doté d’armements modernes s’attaquera, au hasard, au Stade de France en plein match, le résultat sera autrement plus dévastateur.

Ces attentats posent donc un défi aux démocraties occidentales, dont on peut légitimement questionner, au vu des réponses apportées par leurs édiles, leur capacité à l’affronter. Celui de se donner les moyens de penser en profondeur et de déconstruire les raisons conduisant à ce type de radicalisation meurtrière. Pour l’heure, les réponses sont pour le moins superficielles et symboliques. La déchéance de la nationalité proposée en France tenait plutôt du discours incantatoire consistant à expulser hors du champ du réel l’élément allogène honni. Aussi vieille que les républiques grecques ou les communautés médiévales, et guère adaptée à nos sociétés postmodernes.
Cela implique aussi de tirer un bilan dépassionné d’un interventionnisme occidental qui impose la paix à coups de bombes dans trop de pays. Avec à l’arrivée des ruines et une désespérance qui alimentent les extrémismes. Sans oublier les compromissions, comme la récente décoration par François Hollande – en toute discrétion – de Mohammed ben Nayef, prince héritier d’Arabie saoudite, pays qui incarne pourtant le fondamentalisme islamique et la négation des droits humains, et qui s’inscrit dans cette perte de repères politiques.

Enfin, la question de l’islam devrait aussi pouvoir être abordée de manière plus sérieuse et surtout plus apaisée que les anathèmes vengeurs et essentialistes assénés à longueur de journée dans un discours fleurant bon l’extrême droite.
A cela, ce sont bien les valeurs de la démocratie – libertés publiques, tolérance, laïcité – qui doivent être opposées. Elles sont la meilleure réponse au fanatisme. Les abandonner au nom d’une pseudo-sécurité serait pire qu’une défaite. Une capitulation face au totalitarisme que l’on prétend combattre.

ÉditoInternationalAttentats de BruxellesPhilippe Bach
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