Vendredi, 27 mai 2016

L’UDC n’est pas une fatalité

Lundi 29 février 2016

L’initiative dite de «mise en œuvre» de l’UDC a bu la tasse: 58,9% des Suisses l’ont rejetée. Une claque pour l’extrême droite qui paie sans doute le fait d’avoir quelque peu abusé du mensonge et des tripatouillages des faits qui semblent être devenus sa marque de fabrique.

Le score très net est la résultante d’une campagne enflammée qui a vu un réveil remarqué de la société civile. Car, au-delà des partis institutionnels – le projet était combattu du PLR à l’extrême gauche –, le vote sanction de dimanche témoigne aussi du ras-le-bol d’un nombre important de citoyens face aux excès et aux provocations en tous genres de la clique blochérienne. Conséquence de cet engouement: la participation – près de 63% – est importante; il faut remonter à 1992 et à la campagne sur l’Espace économique européen (EEE) pour retrouver un tel afflux aux urnes.

Ne boudons pas alors notre plaisir de voir un coup d’arrêt être mis à la démagogie populiste. Oui, celle-ci n’est pas une fatalité. Oui, il est possible de contrer et d’inverser des courbes de sondages qui pouvaient laisser craindre qu’une nouvelle fois le combat ne soit voué à l’échec. Les seules batailles perdues d’avance sont celles qu’on ne mène pas.

Mais une certaine prudence doit rester de mise. Pour deux raisons. Tout d’abord, si l’on peut être soulagé du rejet net d’un texte qui violait des normes fondamentales de l’Etat de droit, à savoir la séparation des pouvoirs – les juges auraient été transformés en simples auxiliaires d’une politique xénophobe – ou la proportionnalité, on peut être plus réservé par certains arguments utilisés pour contrer le texte udéciste. N’oublions ainsi pas que la loi d’application de la première initiative du parti aux moutons, qui était suspendue en attendant le verdict populaire, constitue déjà un durcissement, une victoire des thèses racistes et qu’elle instaure une inadmissible discrimination entre Suisses et  étrangers.

Et, seconde raison pour rester mobilisé: dans un peu plus d’une année, le peuple votera sur l’initiative dite «contre les juges étrangers», qui vise à faire de la Suisse un bantoustan s’affranchissant des règles communes en matière de droits fondamentaux. Espérons que l’union sacrée qui a permis de mettre un frein à la progression des thèses d’extrême droite se renouvellera alors et ne sera pas sacrifiée sur l’autel de tel ou tel intérêt économique immédiat. Au hasard, la défense aveugle de la place financière suisse...

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Le Courrier
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