Dimanche, 28 août 2016

Sur la planète Davos

Lundi 25 janvier 2016

Dire que les mille transnationales qui organisent le Forum économique mondial de Davos (WEF) sont déconnectées de la réalité serait encore un euphémisme. Tandis que l’Union européenne traverse sa pire crise politique, économique et de légitimité, que la récession s’installe alors même que le capitalisme libéral se sait accro à la croissance, que l’extrême droite prospère de Paris à Varsovie en passant par Berlin et Genève, que la multiplication des conflits armés a poussé un record de 60 millions de personnes sur les routes de l’exil, que le djihadisme répand sa terreur et que le climat s’emballe, les global leaders, comme ils aiment modestement à se désigner, s’étaient donné jusqu’à hier rendez-vous à Davos pour débattre de... la «quatrième révolution technologique»! Un épouvantail, après deux siècles de révolution industrielle, quelque peu poussiéreux et dont le remède, quoi qu’en disent les technogeeks davosiens, est bien connu: la répartition. Celle des gains de productivité et celle du travail. Inutile de réinventer la roue.

Plus terre à terre que Klaus Schwab et ses GO, les centaines de représentants politiques présents dans la station grisonne ont vite recadré les débats. A juste titre, le défi migratoire était sur toutes les bouches. Devançant de peu les questions sécuritaires et sociales au hit-parade des angoisses des édiles.

Dès lors, on regrettera que ces derniers se soient précipités au raout des PDG globalisés, plutôt que de débattre directement avec les populations concernées ou leurs représentants. Ainsi, en mars dernier, au Forum social mondial de Tunis, ils auraient pu étudier simultanément ces trois thèmes, au plus près des réalités, et non sur les moelleux canapés du Seehof Hôtel.

A défaut, ils auraient au moins pu faire un crochet mardi par Genève pour commenter le dernier rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT)1, qui indique que, malgré une croissance planétaire de 3,1%, le nombre de personnes exclues du marché du travail a bondi de 27 millions en un an, tendance qui devrait se renforcer ces prochaines années.

Et là, inutile d’accuser la technologie: «Il est probable que la pénurie d’emplois décents incite davantage de travailleurs à renoncer à chercher du travail», prévoit simplement l’organe tripartite. Qui rappelle que plus d’un milliard de travailleurs vivent dans la pauvreté et qu’un milliard et demi occupent un emploi dit «vulnérable», c’est-à-dire sans protection sociale.

D’où cette question: où sont passés les 3% de croissance annuelle moyenne de ces dernières années? L’OIT n’en fait pas mystère: si 40% des foyers les plus modestes vivent aujourd’hui moins bien qu’avant la crise, ce n’est pas le cas des groupes les plus favorisés. Ainsi les 62 milliardaires possédant, selon Oxfam2, la moitié des richesses planétaires ont vu leur fortune augmenter de 44% en cinq ans.

On comprend mieux pourquoi les global leaders davosiens ont un peu la tête dans les nuages...

 

  • 1. «Emploi et questions sociales dans le monde», ilo.org
  • 2. «Une économie au service des 1%», oxfamsol.be
 
Le Courrier
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