Mercredi, 24 août 2016

La vie sociale est un sport de combat

Mardi 19 janvier 2016

Cent mille signatures récoltées en moins d’une semaine! L’émotion provoquée par la condamnation à neuf mois de prison ferme de huit ex-salariés français de Goodyear, qui avaient retenu sur un «coup de colère» deux dirigeants de leur entreprise, est à la hauteur de l’enjeu. La criminalisation des militants syndicaux, si elle n’est pas un fait nouveau, prend des proportions inquiétantes à mesure que l’espace démocratique se réduit et que les impératifs patronaux s’imposent comme le nouvel intérêt commun.

Ainsi, l’Espagne verra s’ouvrir le 9 février un procès tout aussi symptomatique, celui de huit salariés d’Airbus, près de Madrid, contre lesquels le procureur requiert pas moins de huit ans de prison! Leur crime? Avoir tenu un piquet durant la grève générale du 29 septembre 2010 malgré l’intervention de la police.
Plus près de nous, on se souvient de la tentative de Gate Gourmet, à Genève, de discréditer des employés grévistes en les livrant à la vindicte de la justice, ou les condamnations de syndicalistes d’Unia pour avoir tracté sur le parking de Châteauvieux, à Peney.

Si les peines requises en Suisse demeurent loin des excès susmentionnés, le pays n’est pas épargné par la vague répressive. A témoin, l’hystérie soulevée désormais par le moindre débordement de manifestant, faisant du premier tag venu une «violence» inadmissible, ou d’un jet de peinture le motif suffisant, selon Pierre Maudet, pour charger une foule pacifique.

Ce musellement de l’action militante est d’autant plus insidieux qu’il s’appuie sur une dangereuse illusion, celle d’une société où la violence serait confinée au monde criminel. Or la violence est partout, potentiellement dans chaque rapport social, et la civilisation ne consiste pas à la faire disparaître, mais à la maîtriser, à la canaliser.

Affrontement social, une manifestation, un mouvement de grève, une occupation, un piquet contiennent tous une expression de violence plus ou moins symbolique, plus ou moins physique. Tout comme la relation de pouvoir du patron sur son employé, du propriétaire sur son locataire, du policier sur le contestataire. Dans ce contexte, la tolérance zéro, la canalisation extrême des rapports sociaux, l’idéologie de la concertation à tout prix ont pour première conséquence de désarmer les citoyens qui ne tiennent déjà pas le couteau par le manche.

Mais que les plus conservateurs ne se réjouissent pas trop. Car le retour de bâton n’est jamais loin: criminaliser le syndicalisme, le militantisme à visage découvert, les organismes de médiation et de revendication politique revient à priver la colère sociale d’un exutoire ritualisé, canalisé. Le plus souvent pacifique. Or il n’y a rien de plus dangereux qu’un feu qui couve.

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