Samedi, 27 août 2016

Comprendre plutôt que vilipender

Lundi 21 décembre 2015

Des actes de vandalisme ont été commis dans la nuit de samedi à Genève lors d'une manifestation non autorisée. Les dégâts se montent à plusieurs dizaines de milliers de francs. Les tags et autres déprédations ont principalement ciblé les banques, les commerces de luxe, le magasin de cigarettes électroniques du député MCG Eric Stauffer et le Grand Théâtre, qui a été épargné par les coupes budgétaires votées par la droite au Conseil municipal.
Alors, oui, évidemment, ce genre de méthodes est antidémocratique et dangereux. Il discrédite notamment des forces politiques et associatives qui tentent de mettre un frein à la dérive néolibérale consistant à attaquer la culture alternative, le social et les prestations de l'Etat. Il risque d'être contre-productif en légitimant des mesures autoritaires, voire la fermeture pure et simple de lieux alternatifs comme l'Usine.
Mais cela ne doit pas empêcher de réfléchir et de dépasser le slogan rageur balancé sur les réseaux sociaux, qui semble tenir actuellement de lieu de pensée politique. On assiste surtout à des mouvements de menton mussoliniens, aux sorties de matamore du magistrat Pierre Maudet chargé de la police, voire aux appels à des milices d'autodéfense (bientôt des nervis d'extrême droite vêtus de chemises brunes dans nos rues la nuit en patrouille?).
Rappelons donc qu'à la casse matérielle, pour gratuite qu'elle soit – un véritable aveu de faiblesse en fait –, il convient d'opposer la casse sociale en cours sous nos yeux. Le mépris avec lequel notre classe politique traite la jeunesse, le social et toute réflexion qui ne se réfère pas à la pensée unique est ahurissant. A un moment, cela se paie. Il est facile de pointer du doigt quelques casseurs – une quarantaine, semble-t-il – qui ont participé au cortège fort de quelque 500 personnes dans la nuit de samedi à dimanche. Le sentiment d’abandon, de colère et de révolte gratuite est bien plus largement partagé.
Ces événements ne tombent pas du ciel. Il y a vingt ans, la volonté de faire défiler envers et contre tout les troupes suisses sur les quais de Genève avait vu une montée de tension et des violences qui avaient pris de court les autorités et les forces de l'ordre. On a revécu de telles séquences lors d’une manifestation anti-OMC en 1999 ou lors du sommet du G8 en 2003.
Mais, dans le passé, il y a eu une vraie volonté de dialogue avec des forces sociales minoritaires. C'est ce qui a permis d'accoucher de projets comme l'Usine ou Artamis et d'éviter au bout du lac des mouvements comme «Lausanne bouge» ou «Zurich brûle». Même l'affaire du défilé militaire a ensuite donné lieu à un colloque pour déconstruire ce moment de tension sociale.
Visiblement, cette politique de concertation ne va plus de soi, pour ne pas dire qu'elle appartient au passé. Est-ce si étonnant en ces temps de durcissement social? Le fameux consensus helvétique a du plomb dans l'aile, les milieux économiques et leurs relais bourgeois au parlement fédéral ne sont plus prêts à partager les fruits d'une croissance de toute façon anémique.
Lorsqu'on passe par pertes et profits des pans entiers de la population, que l'on traite par le mépris sa fonction publique et le rôle social de l'Etat, que l'on met en place la bouche en cœur une politique taillée sur mesure pour les plus nantis, ne nous étonnons pas ensuite que cela débouche sur des mouvements dont on n'a pas l'habitude en Suisse.

En lien avec cet article: 

Gueule de bois pour la culture alternative genevoise

Vitrines de bijouteries et de banques brisées, édifices publics maculés de peinture et de goudron, Genève portait dimanche matin les stigmates d’une nuit agitée. Conséquences d’un rassemblement «sauvage» organisé la veille pour protester contre les coupes budgétaires visant les lieux de culture alternative. Dépassé par une minorité de casseurs, le cortège a en effet rapidement ...
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Portrait de aellen

Edito de P Bach du lundi 21 décembre

Cher Courrier,

Votre édito nous navre et nous exaspère. Nous ne sommes d'aucun réseau social et nous attendions naïvement que tu te  distancies et CONDAMNE fermement tous les casseurs de la manif de samedi. Les milieux alternatifs et l'Usine les condamnent. Et toi???

Tu parles de casse sociale certes,et sembles trouver des excuses à ces dégradations au nom d'un mépris de la jeunesse... Ah bon? Que nous sachions, ce ne sont ni les casseurs ni les jeunes qui lisent le Courrier! en revanche, nous, abonnés lambdas (au tarif de 522 frs!!!, auquel nous avons souscrit depuis cet automne), sommes régulièrement sollicités pour faire des dons!!!!  - de plus nous nous sentons culpabalisés si le chiffre des dons n'est pas assez élevé!

Donc cher Courrier, au lieu de scier la branche sur laquelle tu es assis-les vieux-les fonctionnaires-tu ferais mieux de reconnaître que cette manif non autorisée était une grave erreur et, comme tu le dis "discrédite les formes politiques et associatives" dont nous faisons encore partie...

Françoise et Philippe Aellen, encore abonnés et ,comme dirait l'autre, lecteurs  très énervés.

PS : va falloir vous décider sur des articles clairs et objectifs,

Françoise et Philippe Aellen

Portrait de Bernie2525

Comprendre... de quoi on parle.

Vous défendez l'indéfendable. Habitant en face du parc de Cropettes, je l'ai vue de près, cette pseudo-manifestation. Une petite centaine (maximum) de personnes ont envahi le parc, dirigeant contre mon bâtiment une sono poussée à un volume supérieur à ce que produit la Fête de la musique (même en gardant les fenêtres fermées). Rien de festif, juste une volonté de pure agression sonore. Quelques commerces de la rue de Montbrillant ont été sprayés, des entrée d'immeubles vandalisées. De petits groupes de gens masqués ont pénétré dans les cours du quartier, cassant ce qui leur tombait sous la main, taggant tout et n'importe quoi.

Après 20-30 minutes de ce cirque (sans le moindre policier à l'horizon), la troupe s'est mise en route. Elle est passée sous mes fenêtres. Il n'y avait là aucune gentille manif' qui aurait été débordée par quelques méchants casseurs. C'était un commando de gens tous masqués, qui ne portaient pas des banderoles mais des outils manifestement destinés à faire des dégâts.

C'est bien pourquoi la non-intervention de la police est inexplicable et inexcusable, car aucun "gentil manifestant" ne risquait d'être frappé ou gazé à tort (et puis, ce genre de considération n'a pas toujours arrêté la police, par le passé).

Chercher des excuses à cette racaille, qui n'a fait que discréditer un mouvement parfaitement légitime, procède soit d'un aveuglement auquel Le Courrier ne nous a pas habitués, soit d'un soutien aussi discret qu'inquiétant un à cette forme de violence urbaine.

Les polos noirs des casseurs ne valent pas mieux que les chemises brunes invoquées par Philippe Bach.