Dimanche, 4 décembre 2016

La Suisse restreint l’accès à l’ONU pour les ONG

Mercredi 30 septembre 2015

SUBSIDES COUPÉS • La Confédération annule sa subvention à quatre associations actives dans les droits humains à Genève.

Relayer les dénonciations des ONG des pays du Sud aux Nations unies. Secouer la communauté internationale pour qu’elle réagisse aux violations des droits humains commises dans des lieux reculés. Telles sont les missions de quatre associations situées à Genève, mises à mal par la décision de la Direction du développement et de la coopération (DDC) de supprimer, à partir de 2016, les subventions qui leur sont octroyées annuellement.

Au total, c’est un million de franc qui sera retiré de l’escarcelle du Centre Europe – tiers monde (CETIM), du Centre de Documentation, de Recherche et d’Information des Peuples Autochtones (Docip), de la Commission internationale des juristes et d’Incomindios. C’est la surprise et la stupeur qui prévaut chez ces dernières: «Nous n’avons été prévenus qu’en mars dernier par téléphone. Nous aurions souhaité être avisés à l’avance pour pouvoir nous retourner et trouver d’autres bailleurs», explique David Matthey-Doret, directeur du Docip, qui voit ainsi son budget annuel baisser d’un tiers. L’ONG a déjà dû licencier la moitié de son personnel.

Quelle place pour la société civile?
L’accès aux Nations unies à Genève s’en trouvera restreint pour la plupart des ONG et mouvements sociaux du Sud: «Nous sommes la porte d’entrée du système onusien pour les populations les plus défavorisées du monde», indique le responsable du Docip.

Même son de cloche au CETIM, qui voit ainsi s’envoler un quart de son financement dédié à son programme droits humains: «Ya-t-il encore une place pour la société civile auprès de l’ONU?», interroge Melik Özden son directeur. «Avec le crédit cadre voté pour la Genève internationale en juin dernier par le Parlement, nous constatons qu’il y a des budgets pour rénover les bâtiments internationaux et accueillir les missions diplomatiques, mais plus rien pour la société civile. L’a-t-on oubliée dans la réorganisation, alors que les autorités vantent constamment son importance?».

Celle-ci jouerait en effet un rôle essentiel dans le fonctionnement onusien: «Nos partenaires du Sud n’ont pas un accès direct à la Genève internationale ou ne connaissent pas les mécanismes des droits humains. Ils ont besoin d’être orientés, guidés et formés, c’est notre rôle», continue Melik Özden. Les ONG ont d’ailleurs obtenu des réalisations concrètes durant la dernière décennie à l’ONU, comme la Déclaration des Nations Unies sur les peuples autochtones en 2007, la discussion sur un traité international sur les entreprises transnationales ou le projet de déclaration sur les droits des paysans.

Le CETIM espère encore faire revenir la Confédération sur sa décision. Ou alors qu’elle trouve de nouvelles modalités de financement avec une enveloppe équivalente. Pour l’instant, on n’en prend pas le chemin à entendre les ONG. La DDC, pourtant, dans sa réponse par e-mail au Courrier, assure avoir proposé des alternatives: «D’autres possibilités de financements et de nouveaux partenariats sont encore ouverts à la discussion», ajoute Carole Wälti, porte-parole du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).

Convaincre Burkhalter
Des modalités qui semblent peu adaptées pour le moment: «La DDC a évoqué la possibilité de travailler sur la base d’appels d’offre qu’elle nous confierait. Cela signifierait que l’on œuvre selon son propre agenda et non plus le nôtre», craint David Matthey-Doret, précisant aussi que les montants en question seraient bien inférieurs à ceux octroyés actuellement. Alors que la DDC assure que sa décision ne découle que d’une réorganisation interne − prise en somme pour des raisons organisationnelles et non politiques −, elle pourrait pourtant aboutir à une mise au pas des ONG si celles-ci acceptaient la nouvelle donne.

A Berne, tout le monde ne s’en réjouit pas: «La décision de la DDC est inadmissible, contradictoire avec la direction prise par la politique étrangère suisse, et purement bureaucratique. Il est impossible pour ces ONG de rentrer dans le nouveau moule de financement concocté par la DDC», tonne le conseiller national genevois Carlo Sommaruga, qui s’active sur ce dossier à Berne. Le parlementaire espère, avec d’autres élus, convaincre Didier Burkhalter de reconsidérer la question: «Un examen direct du dossier devrait lui permettre de réaliser l’absurdité de la décision à l’heure où la Suisse a décidé de développer davantage la Genève internationale et de soutenir en priorité les défenseurs de droits humains».

 
Le Courrier
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