Mercredi, 27 juillet 2016

Pas de deuxième planète en réserve

Vendredi 14 août 2015

Depuis hier et jusqu’à la fin de l’année, l’humanité vit à crédit. Nous avons en effet dépassé jeudi la quantité annuelle de ressources naturelles renouvelables que la terre est capable de produire ainsi que celle des déchets qu’elle est en mesure d’absorber. Une lecture de notre empreinte écologique qui signifie tout simplement que nous puisons dans des réserves et que cette manière de fonctionner de nos ­sociétés n’est pas durable. Comme le printemps, ce jour dit «du dépassement» («Overshoot Day», en anglais) se fait de plus en plus précoce. L’an passé, il était intervenu le 17 août. En 1970, ce curseur était pointé sur le 23 décembre. Depuis, il n’a cessé de remonter dans l’année: 3 novembre en 1980, 13 octobre en 1990, 4 octobre en 2000, 28 août en 20101.

Il y a bien sûr quelques précautions à prendre. La notion d’empreinte écologique est imparfaite et partielle. L’indice élaboré par le Global Footprint Network a ses défauts. Il ne prend pas directement en compte les énergies fossiles qui, par définition, ne se renouvellent pas  à l’échelle humaine. Et le classement par pays doit être relativisé. Des nations comme la Chine y sont mal placées. Cela s’explique aisément: des pans entiers de la production mondiale y ont été délocalisés. Une partie de cette pollution et de cette surconsommation de matière première devrait revenir vers les pays riches à travers des comptes environnementaux consolidés.

Mais, globalement, le message que nous envoie cet indice doit évidemment être entendu. Notre niveau de consommation actuel serait acceptable si nous avions 1,6 terre à disposition. Si nous continuons sur notre lancée, dans quinze ans nous aurons besoin de deux planètes.
Cet enjeu –la survie de l’humanité– est central, notamment dans le cadre de la prochaine conférence sur le climat qui se tiendra à Paris (COP21). Avec une question éminente à laquelle  cet outil ne répond pas: celle de la production de richesses et de leur juste partage. Car, évidemment, une lecture littérale de cet indice peut aboutir à des conclusions malthusiennes. On l’a encore vu récemment en Suisse avec l’initiative Ecopop qui prétendait faire le bonheur des pays du Sud en leur imposant des mesures paternalistes pour réduire leur taux de fécondité.

Cela peut conduire à des politiques antihumanistes, voire à des catastrophes. Car le problème est plus du côté des choix politiques qui privilégient les profits pour quelques-uns plutôt que le bien commun. Et cela réclame une refonte de nos modes de production et de vie à laquelle les négociateurs de COP21 ne sont évidemment pas ouverts, au contraire. Seul un mouvement social puissant et dans la durée peut remettre ces enjeux au cœur des débats.

 

1 Selon une dépêche de l’AFP du 13 août 2015.

 
Le Courrier
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