Vendredi, 29 juillet 2016

Les créanciers de la Grèce mis à nu

Jeudi 18 juin 2015

Les créanciers de la Grèce savaient qu’en imposant les mémorandums de 2010 et 2012 ils plongeraient le pays dans la récession et feraient exploser la dette. L’Union européenne et le FMI n’ignoraient pas non plus qu’ils enfreignaient la Constitution grecque et le droit international en imposant des conditions de remboursement draconiennes à une dette déjà insoutenable. Quant au motif de leur intervention, il n’était pas d’aider la Grèce mais de sauver les banques privées allemandes et françaises.
Les conclusions de la commission internationale d’audit de la dette grecque, présentées hier à son mandataire, le parlement hellène, ne surprennent guère. Mais elles sont désormais étayées par un important faisceau de preuves et d’indices accablants, récoltés durant deux mois et demi par une trentaine d’experts. Dans la foulée, la commission a déclaré une bonne part des créances «illégales», «illégitimes», voire «odieuses».
Parmi ses trouvailles: un document consignant les aveux écrits du FMI début 2010 quant à une future aggravation de l’endettement. On soulignera aussi les confidences de l’ancien conseiller de Juan Manuel Barroso, Philippe Legrain (2011-2014), qui a expliqué aux commissaires comment le patron du FMI d’alors, Dominique Strauss-Kahn, a autorisé des prêts à un Etat surendetté, en contradiction avec les statuts de l’organisation qui exigeaient une restructuration préalable de la dette grecque. Un abandon de créances auquel s’est aussi opposé un second Français, Jean-Claude Trichet, alors patron de l’autre grand créancier, la Banque centrale européenne, selon le témoignage de l’ex-représentant grec au FMI, Panayotis Roumeliotis…
L’enjeu était de taille, car en cas de défaut total ou partiel d’Athènes des banques françaises et allemandes risquaient un monumental bouillon, alors qu’elles digéraient avec peine et beaucoup d’argent public la crise planétaire de 2008-2009. Alléchés par des taux d’intérêts très intéressants, ces établissements s’étaient imprudemment engagés en Grèce à hauteur de 38 milliards d’euros! En prêtant massivement à la Grèce à condition qu’Athènes n’utilise cet argent que pour rembourser la dette publique, l’ex-troïka (UE, BCE, FMI) faisait coup triple: elle se substituait à ses banques, garantissait le remboursement et imposait un virage néolibéral.
Sans doute, cet agenda caché explique-t-il en partie l’inflexibilité des actuels dirigeants européens et du FMI, leur refus d’accéder à une restructuration de la dette. Reconnaitre leurs erreurs reviendrait à admettre leurs motifs peu glorieux et à assumer publiquement que les contribuables européens vont encore casquer pour des banques privées. Pompiers pyromanes, il leur faut donc occulter ces turpitudes et faire porter le chapeau de la crise à ce nouveau gouvernement irresponsable au point de refuser les injonctions des maîtres de l’Europe et de la finance. Pour les aider, ils pourront compter sur des médias internationaux tellement alignés qu’il ne se trouvait hier pas une agence de presse, pas un média web dominant pour relater la séance historique du parlement grec.

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