Lundi, 5 décembre 2016

Les Indignés changent l’Espagne

Mardi 26 mai 2015

C’est un séisme. Les élections municipales et régionales de ce week-end mettent fin au bipartisme qui domine la vie politique de l’Espagne depuis près de trente ans. Si le Parti populaire (PP) au pouvoir, de droite traditionnelle, reste la première formation politique d’Espagne, il perd sa majorité absolue dans la plupart des régions et se voit privé de 10% de ses suffrages par rapport aux élections de 2011. A l’autre bout de l’échiquier politique, Podemos, issu du mouvement des Indignés, et ses alliés de gauche (hors Parti socialiste) deviennent la troisième force politique dans les régions, après le PP et le Parti socialiste (PSOE), lequel perd aussi trois points, alors que son score de 2011 était déjà extrêmement bas. Le tout récent parti de centre-droit Ciudadanos perce également, avec 6,5% des voix, malgré un nombre modeste de listes.
La nouvelle force de gauche radicale devrait aussi s’emparer de Barcelone et de Madrid, après la victoire de l’«indignée» Ada Colau dans la ville catalane et l’excellent score de l’ex-juge «rouge» Manuela Carmena dans la capitale. La gauche, au sens large cette fois, pourrait devenir maîtresse d’une bonne partie du territoire espagnol si elle parvenait à sceller des alliances.
Cette redistribution des cartes était attendue. La mise à sac du pays par la finance internationale et ses alliés bourgeois locaux est passée par là. Depuis 2007, une crise sans précédent a mis la moitié des jeunes au chômage et servi de prétexte à expulser des centaines de milliers de personnes de leurs foyers et à précariser les conditions de travail et de vie d’une majorité de la population. Le PP a été l’instrument principal de cette politique, tout en continuant, presque ostensiblement, à enrichir ses dirigeants et ses alliés et à tremper dans de viles affaires de corruption. Une partie de l’électorat espagnol l’a compris.
L’ascension de Podemos est avant tout une victoire des Indignés. De tous ceux qui ont marché par centaines de milliers dans les rues du pays contre l’austérité, contre la corruption et pour l’instauration d’une véritable démocratie, affranchie de cette «caste» de dirigeants politiques proche du grand patronat. La prise de conscience de la population a été à ce prix.
Pour Podemos vient maintenant l’heure de vérité, comme avant lui le parti Syriza en Grèce, toutes proportions gardées. Que va-t-il pouvoir faire des mairies conquises? Comment utilisera-t-il sa place de troisième force dans nombre de municipalités ou de régions? Les alliances et les compromis inévitables qu’il devra passer, y compris avec le PSOE tant décrié, lui feront-ils perdre le nord? Le test sera décisif avant les élections législatives de décembre 2015, qui pourraient redéfinir en profondeur l’avenir du pays.
La formation de gauche radicale devra donner l’exemple. Ada Colau, la présidente d’une organisation qui a empêché des milliers d’expulsions de familles surendettées, a annoncé que sa rémunération passerait à 2200 euros par mois si elle devenait maire (contre près de 12 000 actuellement). Mais il faudra aussi des résultats si Podemos veut convaincre: la militante a promis de convertir les appartements vides en logements sociaux, de forcer les entreprises à réduire les prix de l’eau, du gaz, de l’électricité, ou encore de lancer un revenu mensuel minimal de 600 euros. Une seule voie, désormais: tenir parole.

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