Vendredi, 30 septembre 2016

Fiat luxleaks

Vendredi 07 novembre 2014

Le Luxembourg a passé des accords secrets avec quelque 340 multinationales qui parviennent ainsi à minimiser – pour employer un euphémisme – leur charge fiscale. Dans certains cas, celle-ci est proche de zéro. Mais plutôt que de fraude fiscale, la pratique est qualifiée «d’optimisation fiscale agressive». Des milliards de francs ont ainsi été soustraits au fisc de pays comme les Etats-Unis, la France... ou la Suisse, qui n’est pourtant pas un enfer en matière d’impôts.
Ainsi, on retrouve aux côtés d’Apple, Amazon, Verizon, AKG, Heinz, Pepsi, Ikea, Coca ou Procter & Gamble des poids lourds de l’économie helvétique. Qu’il s’agisse de banques comme UBS, Crédit suisse, Lombard et Odier et Julius Bär, de l’assureur La Baloise, du groupe de luxe Richemont, de la holding genevoise Mauss frères (Manor, Atlheticum ou Jumbo), du groupe zurichois SR Technics. N’en jetez plus, la coupe est pleine.
Ces pratiques, si elles frisent le code, sont, semble-t-il, légales. La Commission européenne annonce une enquête. Et le dossier de prendre alors un tour croquignolet, puisque le président de celle-ci n’est autre que Jean-Claude Juncker... premier ministre pendant dix-huit ans du Grand Duché et donc aux premières loges pour mettre en place ce système de prédation fiscale. Nul doute que ce pompier pyromane fera diligence pour mettre fin à cette omerta fiscale.
Mais cet aspect, pour révélateur qu’il soit, est plus marginal qu’il n’y paraît. C’est bien d’une logique profonde de l’économie mondialisée qu’il est question. Le Luxembourg n’est sans doute que l’arbre qui cache la forêt. D’autres pays comme l’Irlande ou les Pays-Bas offrent des outils similaires à tous les Picsou de la planète.
C’est sans doute que le capitalisme a besoin de tels écosystèmes économiques pour prospérer et se reproduire, puisque telle est sa finalité ultime. Il y a donc fort à craindre que, très vite, s’il est mis fin au scandale luxembourgeois, d’autres combinazione seront inventées par des gens dont c’est le lucratif métier. Le problème est structurel et non le fait de quelques desperados de la finance qu’une bonne cuillerée de morale économique remettra dans le droit chemin.
Reste que quelque chose est en train de bouger dans le royaume du capitalisme sauvage. Même des pays tout acquis à la doxa libre-échangiste voient qu’il y a un problème. La flibusterie fiscale montre ses limites structurelles. Ce qui ouvre des perspectives qui, sans être révolutionnaires, peuvent servir de levier aux mouvements soucieux du bien commun.

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Le Courrier
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