Mercredi, 29 juin 2016

Gaza 2014: musiciens, cinéastes et dessinateurs s’expriment

Mardi 26 août 2014

CULTURE • La Campagne internationale de Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) fait le point sur les artistes qui, tous domaines confondus, participent au boycott culturel des institutions israéliennes.

Comme à chaque reprise des bombardements sur Gaza, de nombreux musiciens ne veulent plus voir leur image tachée de sang et préfèrent annuler leurs concerts en Israël. Sans aucun commentaire politique, Neil Young, Paul Anka, Lana del Rey, Cee Lo Green, Wyclef Jean, Kelis, Femi Kuti, Terence Blanchard et les groupes Backstreet Boys, America, Megadeth ou Brian Jonestown Massacre ont annulé leurs visites prévues cet été, pour un total de pertes de 15 millions d’euros (18 millions de francs suisses) pour les promoteurs israéliens1. Seule Sinéad O’Connor, qui avoue avoir reçu des promoteurs israéliens des propositions financièrement très avantageuses, a eu le courage d’affirmer sa sympathie pour le sort des Palestiniens, et d’accompagner son refus d’une demande de sanctions sur les autorités israéliennes2.

Le silence habituel des artistes est le résultat des tentatives grandissantes de criminaliser la campagne de Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) contre Israël. En effet, les musiciens craignent les conséquences financières qu’une annulation pour motifs politiques peut leur faire encourir. Des pressions se sont également exercées sur celles et ceux qui ont exprimé, sur leurs pages web ou leurs comptes twitter, leurs émotions face aux massacres à Gaza (Mia Farrow, Madonna, Rihanna, Anoushka Shankar, John Legend, Bryan Adams, Ayelet Waldman, Selena Gomez, Zayn Malik...). Souvent suivies de réponses haineuses, d’injures ou de menaces, les artistes ont parfois été conduits à retirer leurs messages d’internet3.

On ne peut alors qu’admirer l’intégrité et l’abnégation de ceux qui prennent la peine de s’exprimer sur le sujet en faveur des Palestiniens. Cette année encore, on a retrouvé les habitués du genre, comme Massive Attack, Roger Waters, Peter Gabriel, Brian Eno, Ken Loach, Angela Davis, Naomi Klein, Eduardo Galeano ou Henning Mankell. Ils ont été rejoint par Eddie Vedder, du groupe Pearl Jam, qui s’en est pris à l’armée israélienne pendant un concert4, ou par Krist Novoselic, ancien bassiste du groupe Nirvana, qui l’a soutenu dans une lettre publiée sur son site web à la suite des réactions hostiles. Une vidéo montée par le collectif Freedom For Palestine a rassemblé une quarantaine de personnalités pour soutenir la Palestine, dont certaines inattendues, comme le rappeur Chuck D du groupe Public Enemy, les réalisateurs Jonathan Demme et Mira Nair, ou les auteurs Tony Kushner et Eve Ensler5.

Des pétitions plus classiques ont recueilli les signatures des musiciens Nick Cave, Michel Bühler, Pascal Auberson, Serge Teyssot-Gay ou Silvio Rodriguez, des chorégraphes Gilles Jobin et La Ribot, mais aussi de nombreux artistes de cinéma comme le réalisateur espagnol Pedro Almódovar, le couple Javier Bardem et Penelope Cruz (diffamé au point de devoir contester par voie de presse l’accusation d’antisémitisme) ou encore les Suisses Jean-Luc Godard et Alain Tanner6, le Finlandais Aki Kaurismäki, l’Iranien Asghar Farhadi, le Coréen Park Chan-Wook...

A la suite de la campagne, l’an dernier, contre le sponsoring du Festival de bande dessinée d’Angoulême par la société israélienne Sodastream, les dessinateurs et graphistes sont également en pointe de la solidarité avec la Palestine. Ainsi, outre les dessinateurs Zep et Cosey, signataires de la déclaration de solidarité des 600 acteurs culturels de Suisse avec la Palestine, le projet américain Handala Has a Posse7 offre des dessins à la campagne BDS, et le projet français Humaginaire8 publie des affiches de solidarité avec Gaza. Enfin, un collectif français est né, Artistes pour la Palestine, qui vise lui aussi à mettre des œuvres à la disposition ou au bénéfice du mouvement de solidarité avec la Palestine9. Parmi les premiers signataires de ce manifeste, on trouve le peintre Ernest Pignon-Ernest et le dessinateur Jacques Tardi.

La plupart des demandes de ces musiciens, cinéastes ou dessinateurs ne visent que le respect du droit international, la fin des bombardements et du blocus sur Gaza, l’arrêt de livraisons d’armes à Israël par les gouvernements occidentaux et, plus généralement, la fin de l’occupation qui rend impossible toute solution juste à long terme. Elles visent également à convaincre leurs collègues artistes de rejoindre le boycott culturel des institutions israéliennes, de préférence en s’exprimant publiquement sur le sujet de la Palestine. Mais même silencieuses, ces annulations en masse ne peuvent que faire réfléchir les artistes qui reçoivent des invitations à jouer en Israël: mieux vaut les décliner aujourd’hui plutôt que d’avoir à les annuler péniblement plus tard. C’est également ainsi que progresse la campagne de boycott culturel d’Israël: comme une lame de fond10.

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