Vendredi, 30 septembre 2016

Neil Young: le chemin de Tel Aviv

Jeudi 17 juillet 2014

«Bob Dylan fait de la pub pour les voitures Chrysler et Neil Young joue dans un pays qui pratique l’apartheid. Il n’y a plus de héros.» Le commentaire désabusé d’un internaute sur le site du Guardian en dit long. Si Neil Young ne jouera finalement pas à Tel Aviv devant 50 000 Israéliens, c’est uniquement pour raisons de sécurité. Le concert a été annulé par les autorités en raison des tirs de roquettes du Hamas, alors que les bombardements israéliens sur Gaza ont déjà fait plus de 200 morts et 1500 blessés, en majorité des civils.
Le choix du chanteur de se produire en Israël avait été épinglé par la campagne internationale «Boycott, désinvestissement, sanctions» (BDS), menée y compris depuis l’intérieur d’Israël. Roger Waters, le très engagé ancien leader de Pink Floyd, auteur du fameux The Wall, a adressé une lettre ouverte à son collègue, l’enjoignant à ne pas «franchir la ligne rouge» et à ne pas «légitimer un régime colonial d’apartheid», qui prive les Palestiniens de leurs droits et les «enferme dans un ghetto».
Passons sur les berlines du VRP Dylan, qui a dit depuis longtemps le peu de cas qu’il faisait de son statut d’icône contestataire des sixties. La fidélité de Neil Young à ses idéaux, en revanche, forçait le respect. Il n’a pas craint de critiquer le sud raciste des Etats-Unis, s’est engagé pour l’écologie avant l’heure, et, au lendemain du 11-Septembre, a entonné à la télévision devant des millions d’Américains ­l’hymne pacifiste «Imagine» («...qu’il n’y a pas de pays ni de religion»). Ce même Neil Young, donc, avait programmé en Israël une date comme une autre, business as usual, dans un contexte dramatique qui lui revient à la figure.
D’autant qu’Eddie Vedder, de son côté, s’est lancé en Angleterre, en plein concert avec son groupe Pearl Jam – disciples avoués de Neil Young1 –, dans une virulente diatribe, dénonçant «ceux qui franchissent les frontières pour s’emparer de ce qui ne leur appartient pas (...). Nous refusons de leur donner notre argent pour qu’ils bombardent des enfants.» La Toile s’est enflammée: Pearl Jam n’est plus le bienvenu en Israël. BDS a gagné son pari, celui d’entraîner les artistes sur le terrain politique, trop souvent déserté par les stars. Qui préfèrent vendre des bagnoles et des tickets de concert.

  • 1. A noter qu’ils avaient joué ensemble en Israël en 1995, dans un climat politique certes bien différent, celui des accords d’Oslo et de Taba.
Vous devez être loggé pour poster des commentaires