Mercredi, 27 juillet 2016

Après le minaret, le voile

Vendredi 28 mars 2014

La section valaisanne de l’Union démocratique du centre (UDC) a annoncé hier qu’elle allait lancer une initiative cantonale pour proscrire le port du voile à l’école. Après les minarets, il serait effectivement dommage de se priver d’un si bel objet de polémique. Ceci alors que la ­situation en Suisse est relativement pacifiée et qu’on peine à trouver des cas réellement problématiques.
Oh, bien sûr, le débat est toujours légitime. Dans un Etat laïc, certaines limites sont évidemment pertinentes et doivent être rappelées en matière de religions. Il est souhaitable de garantir aux enfants comme un besoin utile, voire essentiel, l’apprentissage de la natation, auquel il ne saurait être question se soustraire sous prétexte de pudibonderie, comme l’a rappelé récemment la justice. Et pas question d’échapper à certains enseignements sous prétexte qu’hypothétiquement ils égratigneraient tel ou tel dogme religieux. La question est donc bien plus où l’on place le curseur et pas sur sa légitimité.
Mais ce genre de sujets sociétaux est surtout du pain béni pour les partis populistes. Ils permettent de diviser la gauche et les partis institutionnels en dévoyant le principe de la laïcité. Un peu comme les racistes ou les négationnistes brandissent la liberté d’expression pour justifier leurs élucubrations.
Toujours tentant quand on est en train de braconner quelques voix. De plus, ils peuvent être gagnés devant le peuple. Ceci en jouant sur la peur et en stigmatisant un bouc émissaire: l’arabo-musulman qui vient voler le pain du bon Helvète et ne respecterait même pas ses coutumes. En plus, il se trouve toujours quelques imbéciles utiles pour apporter de l’eau au moulin udéciste: des représentants souvent autoproclamés des intérêts des musulmans. En tenant quelques propos odieux sur la lapidation, ou en relativisant la pertinence de certaines normes fondamentales en matière de droits humains, ils alimentent la peur et, partant, le rejet.
Gardons donc à l’esprit les fondamentaux de la démocratie. L’Etat doit-il nous dire comment nous habiller? Comment penser? En quoi croire? De fait, l’UDC invoque sa volonté de défendre les «racines chrétiennes» de notre société pour justifier son texte islamophobe. En cela, le parti blochérien montre que la défense de la laïcité – un des socles de l’Etat de droit et de la démocratie – n’est pas le premier de ses soucis. C’est bien dans une optique de choc des civilisations que s’inscrit sa pitoyable démarche.
Et on se réjouit déjà, au cas où cette initiative passerait, qu’un fondamentaliste chrétien attaque les masques de Loetschenthal pour leur dangereux potentiel animiste.

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