Lundi, 25 juillet 2016

Séisme!

Lundi 10 février 2014

Rebelote. Vingt-deux ans après le vote sur l’Espace économique européen, l’Union démocratique du centre a réussi son formidable pari. Seule contre tous, ou presque, elle a réussi à faire passer son initiative dite «contre l’immigration de masse». Cela montre d’abord que l’UDC est en bonne forme, contrairement aux annonces répétées d’une perte de vitesse ou d’un Blocher sur le déclin. La recomposition politique suisse avec un bloc néopopuliste fort s’observe d’ailleurs dans d’autres pays européens, à commencer par la France.
Reste que, le résultat d’hier risque de jeter à bas l’édifice des accords bilatéraux. Ce n’est pas un mince paradoxe, puisque c’est précisément cette voie qui avait été prônée par l’UDC en termes d’alternative à un non-rapprochement avec l’Union européenne. La Suisse pourrait se retrouver bien seule dans un proche avenir. Quoi qu’en dise le parti blochérien, une Europe à vingt-huit n’aura guère envie de renégocier un tel dispositif. D’ailleurs, le pourra-t-elle? Et n’oublions pas que nos plus importants voisins ont davantage de contentieux – notamment fiscaux – que de raisons de trouver un accommodement avec Dame Helvétie.
La tentation sera forte de trouver un responsable pour expliquer ce résultat: la faute au Conseil fédéral, trop prudent durant cette campagne, voire empêtré dans l’affaire Schneider-Ammann? A Micheline Calmy-Rey et ses sorties à l’emporte-pièce? Voire aux travailleurs, par trop sensibles aux sirènes udécistes.
Mais la réponse n’est-elle pas tout simplement à chercher dans la question posée au peuple? Ce dernier – ou du moins une partie – a voté en croyant défendre ses intérêts. Dans le cadre des bilatérales, le patronat suisse et les partis bourgeois ont refusé des mesures d’accompagnement dignes de ce nom aux travailleurs. Qu’il s’agisse de protection contre les licenciements, de lutte contre le dumping salarial, voire de défense des droits syndicaux élémentaires.
La question sociale va revenir ces prochains mois sur des objets comme le salaire minimum garanti en mai, l’initiative Ecopop ou encore l’extension des bilatérales à la Croatie, pour autant que ce vote ait encore un sens. La gauche doit parvenir à enfoncer un coin dans une droite sonnée et réussir à faire passer son discours. L’exemple genevois ou vaudois est parlant à cet égard: la forte présence des syndicats sur le terrain et aux côtés de travailleurs en lutte – comme sur le chantier de l’hôpital, il y a une semaine, ou dans le cadre de la lutte des Gate Gourmet – explique aussi les 61% de «non» genevois à ce texte, alors que le dumping salarial frappe fort au bout du lac.
Car il serait erroné de considérer le vote de dimanche comme irrationnel ou obéissant uniquement à des tendances réactionnaires. Le fait est que les Suisses ont aussi refusé une initiative anti-avortement et approuvé un développement du rail. Impossible d’accuser la seule xénophobie, même si elle a évidemment aussi pesé.
C’est aussi une Suisse qui souffre, qui peine à finir le mois et qui craint pour son avenir qui a donné un signal. Entendons-la sous peine de nous retrouver avec des projets encore plus inquiétants et facteurs de repli que cette initiative de l’UDC.
Or, on voit bien que la droite se disant centriste est prête à tous les accommodements avec l’extrême droite pour défendre ses privilèges. On l’a observé ces dernières semaines lorsqu’il s’est agi de lutter contre le dumping salarial à l’aéroport de Cointrin ou de lutter contre la spéculation immobilière. Et cela se fera au détriment des employés: le vote d’hier annonce aussi le retour du travail au noir dans des secteurs fortement demandeurs en main-d’œuvre, comme la restauration. Et alors, il n’y aura plus personne à droite pour voter des mesures mettant fin à certaines pratiques d’exploitation.

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Portrait de grossesse_nerveuse

bof

La Gauche a toujours un coup de retard sur l'UDC qui multiplie les initiatives et les campagnes provocatrices. Parodier l'affiche de l'UDC est un manque d'agressivité et d'imagination, laissant à l'UDC des boulevards pour stigmatiser, simplifier les sujets.
La Gauche est beaucoup trop frileuse et attentiste, elle n'a plus son rôle de vecteur d'avenir et de confiance face à une société qui vit dans l'émotion et s'affranchit de toute raison. La Gauche doit retrouver le sens des émotions dans son camp tout en attaquant les délires de l'UDC, sauf que pour le moment, plus personne n'écoute ni la raison, ni la Gauche. C'est une gauche autiste face à une mécanique de manipulation des masses.