Deux fossés se creusent sur la famille
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L’arrêté fédéral sur la politique familiale n’a pas passé la rampe. Malgré une majorité des voix, il n’est pas parvenu à convaincre assez de cantons, notamment en Suisse alémanique. Les campagnes ont pesé.
L’article sur la politique familiale avait besoin de la double majorité pour passer hier, il ne l’a pas obtenue. Les 54% de votants ayant dit oui n’auront donc pas suffi face aux petits cantons alémaniques, dont la voix s’est fait entendre ce dimanche. Le décompte a été particulièrement serré et il aura fallu attendre, en milieu d’après-midi, le résultat des Grisons pour départager le pays, à 1790 voix près.
Parmi les 10 cantons souhaitant améliorer la conciliation entre vie familiale et travail, on trouve tous les cantons latins. S’y ajoutent les deux Bâles, Zurich et Soleure. En face, le reste de la Suisse alémanique. Retour du «Röstigraben» ou opposition ville-campagne? Un peu des deux, si l’on en croit les analyses des politiciens et des spécialistes.
Où sont les politiques?
«Nous constatons certaines différences entre Romands et Alémaniques», souligne Annelyse Spack, enseignante à l’école d’études sociales et pédagogiques de Lausanne (EESP). «Par exemple dans la formation des éducateurs, dans le nombre d’enfants qu’on leur confie et dans les activités proposées.» Les Romands auraient ainsi une vision à la française, où l’on met son enfant à la crèche tant par commodité que pour le préparer à l’école enfantine, en le socialisant très tôt. Du côté suisse-allemand, la formation du personnel serait moins axée sur l’éducation des bambins.
Gil Meyer, également enseignant à l’EESP, confirme qu’il pourrait y avoir une réticence germanique à placer ses enfants très jeunes: «En Allemagne, les parents préfèrent s’occuper eux-mêmes des jeunes enfants et les garder dans la sphère privée.» Mais, au-delà du fossé culturel, l’enseignant pense plutôt à un déséquilibre entre les régions bien dotées et les autres. «On parle de différences de mentalités. Mais nous constatons surtout que plus les régions sont équipées, plus elles comprennent les avantages des crèches, et plus ces dernières deviennent nécessaires.» On en arrive ainsi à la différence entre villes et campagnes, significative ce dimanche. «Par-dessus tout, nous avons eu l’impression que le sujet a été lâché par les politiques, plus intéressés par les autres objets de votation», s’attriste Gil Meyer.
«Un échec à la raclette»
Le manque d’engagement de la part des élus aurait mené à cette situation. Christophe Darbellay, président du Parti démocrate-chrétien (PDC) suisse, préfère parler de moyens insuffisants. Son parti, à l’origine du vote sur la famille, pouvait compter sur un très large consensus. Le Conseil fédéral, le Parlement et tous les partis à l’exception de l’UDC soutenaient l’article constitutionnel.
Le vent a tourné après que les PLR, d’abord favorables, eurent décidé de combattre l’objet, au grand dam des Femmes libérales-radicales. Enfin, le tout-ménage de l’UDC, présentant des enfants en cage et numérotés comme du bétail, a fait mouche. Christophe Darbellay l’admet: «C’est un échec qui nous déçoit, d’autant que tout s’est fait à la raclette. C’est rageant, mais au moins, on voit sur la carte que la politique familiale est fortement soutenue en Suisse romande.» Et de regretter qu’«economiesuisse ait préféré mettre des millions contre l’initiative Minder plutôt que pour les familles».
Même désarroi chez les Femmes libérales-radicales. Parmi elles, la conseillère nationale bernoise Christa Markwelder, qui mise sur les politiques pour «continuer le combat sur le plan cantonal et communal».
Reste l’UDC, qui se frotte les mains. «Nous sommes très heureux de notre victoire», se réjouit le conseiller national genevois Yves Nidegger. «Mais il faut relativiser le résultat, qui a été obtenu grâce aux petits cantons alémaniques. En disant aux parents qu’au cas où la loi passerait, ils mettraient leurs enfants en cage, nous avons certes délibérément exagéré. Mais c’est le jeu lors des campagnes de ce genre.»





