Politique génétiquement modifiée
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires

Puisque la recherche suisse, mandatée par le gouvernement, a conclu à une absence de risques pour l’environnement et la santé des cultures d’organismes génétiquement modifiés (OGM), normal que le Conseil fédéral veuille mettre fin à leur interdiction, dès l’issue du moratoire qui court jusqu’en 2018. Pour ce faire, Berne a mis mercredi en consultation un projet de révision de la loi sur le génie génétique. La logique n’est pourtant pas si simpliste et, au fond, il appartiendra sans nul doute au peuple de trancher le débat, lui qui, jusque-là, a manifesté une saine méfiance envers le bidouillage génétique des plantes.
Première réserve: comment écarter définitivement la probabilité d’une catastrophe majeure – que ses conséquences portent sur la santé des consommateurs ou sur la biodiversité? Car, si le Fonds national suisse de recherche (FNS) donne son feu vert, d’autres études sont alarmistes. Il est un peu facile de balayer ces dernières en qualifiant les anti-OGM de sectaires, pour demander ensuite de croire à la «vraie science» les yeux fermés...
Ce que ne fait pas l’association StopOGM. Son analyse est que nombre des études du Programme national de recherche en question ont eu lieu en serre ou en chambre climatique. Les disséminations expérimentales ont quant à elles eu lieu sur de petites surfaces et sur deux ou trois rotations de culture successives uniquement. Or les effets négatifs sont en général constatés uniquement dans le cadre d’une utilisation commerciale à large échelle et à long terme, prévient l’association. Selon elle, les résultats, qui n’ont pas mis en évidence de risques environnementaux, ne sont donc pas extrapolables.
Autre critique: la libéralisation prévoirait des mesures pour faire coexister cultures avec et sans OGM sans risque de dissémination. Là encore, le doute est plus que permis tant les exemples de contamination sont nombreux à l’étranger, où les territoires sont pourtant vastes, contrairement à la Suisse… D’ores et déjà, on se demande à quelle limite les seuils de contamination maximum seront fixés, sortes de «droit de polluer»… De même, comment garantir une stricte séparation des flux de marchandises pour que les différentes cultures ne se mélangent pas dans les assiettes des consommateurs contre leur gré? Les coûts seraient en tout cas prohibitifs pour la paysannerie et la branche agroalimentaire. L’Union suisse des paysans ne s’y trompe pas: accueillant fraîchement le projet fédéral, elle préfère miser sur la qualité et la valeur ajoutée de produits sans OGM, afin de répondre à la demande des consommateurs.
Le débat, enfin, ne peut être séparé de celui sur la souveraineté alimentaire. Et l’on sait bien que les OGM sont un outil très efficace aux mains de géants de l’agroalimentaire. En tuant le cycle de la vie, ceux-ci vendent des graines qui ne repoussent pas, obligeant les paysans à racheter leurs semences, modifiées pour fonctionner exclusivement avec leur pesticide. Sauf que les plantes résistent toujours plus à la chimie et que, année après année, il faut épandre davantage de poison. Pour mettre à genou les paysans ruinés, Monsanto engage une véritable police des OGM!
Il est impossible de dissocier cette question de celle des risques potentiels liés aux OGM. Et c’est bien à Monsanto & Cie que la fin du moratoire ouvrira les portes.





