Vendredi, 24 mai 2013

Le schwyzerdütsch? «C’est joli et bizarre»

SAMEDI 17 NOVEMBRE 2012
Corinne Gebhard Wilhelm (à gauche) et Carmen Fatisini Marquéz transmettent des rudiments de suisse allemand.
CÉDRIC VINCENSINI

ÉCOLE • Depuis la rentrée, 960 élèves du Cycle sont initiés aux dialectes et à la culture alémaniques. Un cours inédit en Romandie. Reportage à Meyrin.

«Guten Tag!» «Grüezi mitenand!» Ce matin, au Cycle de la Golette à Meyrin, Carmen Fatisini Marquéz et Corinne Gebhard Wilhelm accueillent leurs élèves en allemand et en schwyzerdütsch. Mais les regards sont plutôt attirés par la caméra de la télévision alémanique (SF), venue assister à cette leçon de sensibilisation aux dialectes d’outre- Sarine.

Depuis la rentrée, cette nouveauté a été introduite de façon inédite en Suisse romande dans le programme du Cycle d’orientation genevois, suscitant un fort intérêt médiatique dans tout le pays. «Tous les grands journaux en ont parlé, rapporte Alexandra Gubser, correspondante de la SF à Genève. Le Blick a même appelé à voter pour savoir quel dialecte les Romands devaient apprendre, suggérant le bernois, car c’est plus lent...»

«Il faut faire des expériences»
C’est un malentendu: l’objectif, plus modeste, est d’offrir une sensibilisation linguistique et culturelle. D’ailleurs, celle-ci s’intègre dans un cours d’allemand et se décline seulement sur 36 leçons de 45 minutes, réparties sur deux ans. Ce programme ne s’adresse qu’à une frange des élèves, ceux de la section Littéraire et scientifique (le meilleur niveau) qui ont choisi le profil «langues vivantes». Cette année, il concerne à Genève 960 élèves de 10e (13-14 ans), qui poursuivront l’expérience l’an prochain (11e).

La journaliste, d’origine zurichoise, se présente dans son dialecte, expliquant la raison de sa venue. «Qui a compris?», demande-t-elle en français.
Dans cette classe, aucun locuteur alémanique, et rares sont ceux à avoir mis les pieds outre-Sarine. Arno n’y est jamais allé. Et pourtant: «Ma mère vient de Soleure, j’aurais bien aimé qu’elle m’apprenne son dialecte.» Shadi, lui, est enthousiaste à l’idée d’apprendre une nouvelle langue: «C’est joli et bizarre, c’est plus dur que le bon allemand.» «C’est hard», commente à son tour Mélanie, pour décrire cette sonorité particulière.

Beat Zemp, président de l’association professionnelle des enseignants en Suisse alémanique, voit d’un bon œil la volonté d’offrir une meilleure compréhension de sa région linguistique. «C’est un signal donné aux cantons alémaniques tentés d’abandonner l’enseignement du français ou de lui donner moins d’importance», estime-t-il. Il se montre toutefois sceptique sur la capacité des élèves francophones d’intégrer, en plus de l’allemand et de l’anglais, encore des rudiments de dialecte. «Mais c’est bien, il faut faire des expériences.»

Sur une base volontaire
Dans la classe, les élèves écoutent des dialogues enregistrés sur un fond sonore un peu kitch, entonnés une fois en allemand, et l’autre en dialecte. C’est le comédien Emil qui parle en Suisse allemand, relève Corinne Gebhard Wilhelm, mais aucun élève ne le connaît. Et si certains maîtrisent rapidement les clés permettant de passer de l’allemand au dialecte, d’autres restent de marbre quand on les interpelle uniquement en Hochdeutch.

Corinne Gebhard Wilhelm, pour sa part, maîtrise l’argovien, tandis que sa collègue parle seulement l’allemand, appris à Hambourg et Munich. A la Golette, trois profs d’allemand sur quinze ont choisi d’enseigner ce nouveau cours, recevant matériel pédagogique et formation continue. Pas besoin de savoir le suisse allemand, assure-t-on au DIP. Mais les deux enseignantes ont tout de même jugé utile d’unir leurs compétences.

La leçon se poursuit par un exercice où il s’agit de repérer les mots d’origine française dans un texte récité. Mme Gebhard Wilhelm prononce ensuite des mots dans différents dialectes. Par exemple, «bonbon»: «Bombom, Zückerli, Täfeli...»

La cloche va sonner, on met déjà sa veste. «Uf Widerseh!» Au revoir. I

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