Dimanche, 19 mai 2013

Philippe Saire transfigure Schoenberg

VENDREDI 02 NOVEMBRE 2012
«La Nuit transfigurée» de Philippe Saire s’invite à l’Opéra.
PHILIPPE WEISSBRODT

EVENEMENT • «La Nuit transfigurée», création du chorégraphe vaudois, s’invite dès ce soir à l’Opéra de Lausanne accompagnée par la Camerata du violoniste Pierre Amoyal.

«Ce qui m’intéresse, c’est de transcender les codes du théâtre», rappelle Philippe Saire qui depuis plusieurs années s’interroge sur l’éclat d’une lumière qui aveugle et la douceur d’une ombre qui révèle. Sa dernière création, La Nuit transfigurée, fait à nouveau émerger ce questionnement à travers une commande de l’Opéra de Lausanne. En collaboration avec la Camerata de la capitale vaudoise, un orchestre à cordes de treize musiciens dirigé par Pierre Amoyal, le chorégraphe a pris comme base de travail La Nuit transfigurée, op.4 en ré mineur d’Arnold Schoenberg et le Concerto pour deux violons en la mineur d’Antonio Vivaldi.
La liaison du romantisme sombre du compositeur allemand avec l’éclat pétillant du compositeur italien semblait vraiment improbable, mais Philippe Saire parvient à rendre ce mariage indubitable. «Confronter le romantisme exacerbé de La Nuit transfigurée au clinquant concerto de Vivaldi est un réel choc. Ce choc, nous l’avons désiré avec Pierre Amoyal, intuitivement dans un premier temps, car il nous paraissait juste et déroutant.»
Et pourtant, le chorégraphe a essentiellement travaillé sans la musique, s’inspirant plutôt du poème La Nuit Transfigurée de Richard Dehmel dont s’était également inspiré Schoenberg. «La puissance évocatrice de l’œuvre de Schoenberg et la vivacité de Vivaldi sont des partenaires qui auraient pu s’avérer redoutables pour la danse», explique-t-il.
Symbolisant la victoire de l’amour, de la lumière, sur le sentiment de culpabilité d’une femme qui avoue à son amant qu’elle est enceinte d’un autre, le texte du poète allemand avant-gardiste souligne le «regard plein d’ombre, baigné de lumière» de l’amoureuse fautive. Philippe Saire exprime ce paradoxe dans une chorégraphie énergique, où le mouvement, est tissé d’une gestuelle acérée, parfois même violente, entrelacée d’éclats de tendresse et de sensualité. «La partition de Schoenberg est très riche et tourmentée, mais la lecture de Philippe Saire l’éclaircit», note Pierre Amoyal qui se réjouit toujours de sortir la musique de son contexte traditionnel.

Sous la somptueuse création lumière de Laurent Junod qui convoque l’expressionnisme allemand et le ténébreux souvenir des films de Fritz Lang ou de Murnau, les cinq danseurs (Philippe Chosson, Maëlle Desclaux, Pep Garrigues, Benjamin Kahn, Antonio Montanile) évoluent entre confrontation et étreinte. Formant et déformant inlassablement des cercles de tensions autour d’un couple (Philippe Chosson et Maëlle Desclaux) amoureux jusqu’à l’ultime, ils sont en chasse...
«Mon travail s’élabore en couches successives, vibrantes comme les monochromes de Rothko, explique Philippe Saire. Une strate est venu s’immiscer: l’évocation d’une chasse qui transparaît à travers un élément scénique, une multitude de bois d’animaux rappelant la forêt et la menace latente, le figement du sauvage et du vivant, notre fascination morbide de la vérité, du tout-dit/tout vu.»
Après avoir fêté ses vingt ans, en 2006, sur la scène de l’Opéra de Lausanne avec Est-ce que je peux me permettre d’attirer votre attention sur la brièveté de la vie, commençant sa trilogie de pièces d’apparence légère sur les codes du divertissement, Philippe Saire y fête ses 25 ans en transfigurant par la danse contemporaine deux œuvres emblématiques du répertoire de la musique classique.

 

Opéra de Lausanne, ve 2 novembre, 20h (introduction à l’œuvre musicale à 18h30) et di 4 à 17h.
Puis au Théâtre Sévelin 36, du 13 au 18 novembre, avec la musique enregistrée. Rens: www.philippesaire.ch

 
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