De «La Ligne de cœur» à la tête des Verts
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ALAIN MAILLARD • Désigné à la direction des écologistes vaudois, l’ex-animateur de l’émission dit ne pas avoir «l’ambition immédiate d’être élu». Son patron accepte, mais juge cette visibilité «pas idéale» pour la RTS.
«Ma conviction, c’est qu’il est urgent de réduire notre impact sur la planète. Le monde va mal et il faut des réponses plus fortes qu’aujourd’hui.» Ça, c’est le journaliste et animateur radio Alain Maillard qui le dit, au lendemain de son élection au bureau des Verts vaudois.
Une voix de La Première s’engage activement en politique. Ce n’est pas la première fois, mais c’est rare. Il y eut Jean-Charles Simon au PDC en 1995 et Fathi Derder (après La Télé) au PLR en 2011. Tous deux sont devenus conseillers nationaux. Pour Alain Maillard, rien de tel: «Je n’ai pas de plan de carrière politique. Je ne m’engage pas dans ce parti avec une ambition immédiate d’être élu, il n’y a d’ailleurs aucune échéance électorale proche. Je m’engage avec l’envie d’apporter activement mes compétences, en m’intégrant dans cette équipe qu’est le bureau des Verts.»
En toute discrétion
L’arrivée d’Alain Maillard, parmi les sept membres de la direction du parti écologiste vaudois se fait sans tambour ni trompette. Il y a été élu mercredi soir par 14 voix, contre 8 à son adversaire Anselme Bender, militant de longue date, président de la section Gros-de-Vaud et conseiller communal à Echallens.
Au contraire, Alain Maillard, est un tout nouveau membre des Verts, section Ouest lausannois, un simple militant sans aucune fonction jusqu’à mercredi: «J’ai adhéré au parti quand je savais que j’allais devoir quitter «La Ligne de cœur». Je n’aurais pas pu m’engager activement chez les Verts auparavant. L’animateur de cette émission doit respecter un certain consensus. Des auditeurs pourraient être braqués par une appartenance politique.»
Précision de Pache
Le nouveau membre du bureau des Verts vaudois n’a pas quitté la radio romande après avoir laissé le micro de «La Ligne de cœur» à Jean-Marc Richard. Il travaille à la production de l’émission quotidienne «Détours», présentée par Madeleine Caboche. Cette émission consacrée aux voyages débutera lundi dans la tranche 13h-14h. «Mon travail consiste à organiser le contenu de l’émission, précise Alain Maillard. Cela n’a rien à voir avec de l’information politique.»
Pour tout collaborateur de la RTS, les activités accessoires, associatives ou politiques sont régies par des directives internes. Directeur des programmes de la RTS, Gilles Pache explique: «C’est toujours un sujet délicat. D’abord, tout citoyen a des droits constitutionnels. Ensuite, pour les collaborateurs de nos émissions, nous distinguons trois catégories. La première, c’est la sensibilité politique ou l’appartenance à un parti politique, qui relève purement de la sphère privée. La deuxième, c’est l’activité politique visible, mais sans mandat d’élu. La troisième, c’est le mandat d’élu.»
Le directeur dit pourquoi la RTS ne s’opposera pas à «l’activité politique visible» d’Alain Maillard: «Je ne trouve pas idéal qu’Alain Maillard exerce une activité politique visible au sein des Verts, mais «Détours» n’est pas une émission qui touche à l’actualité politique et il n’est pas à l’antenne. Si, en revanche, Alain Maillard était journaliste politique ou si même il faisait des entretiens avec des personnalités publiques, cela pourrait poser un problème d’impartialité. Et, évidemment, s’il voulait un jour se présenter à une élection, nous lui demanderions de choisir entre une activité éditoriale d’information et un mandat politique.» Gilles Pache estime que cette situation «n’est pas très, très bonne» et il ne voudrait pas la voir «se multiplier à la RTS».
Coauteur de cinq livres
«J’ai toujours considéré que, tant que je faisais du journalisme en rapport avec la politique, je devais m’abstenir de tout engagement politique», explique Alain Maillard. Son parcours professionnel a commencé par quatorze ans de presse écrite. Huit ans à «L’Hebdo», le reste à «L’Illustré» et à «24 heures». Il entre à la radio de service public en 1998. Il y présente notamment le journal de 18 h. En 2003, il passe dans le secteur «programmes» avec «Recto Verso». Puis «Médialogues» dès 2007 et «La Ligne de cœur» dès 2011. Le journaliste est aussi coauteur de cinq livres, dont deux avec des personnalités écologistes: «Les damnés du troisième cercle, les Kosovars en Suisse» (1999) avec Ueli Leuenberger et «Nous voulons une autre Suisse» avec Fernand Cuche et Patrice Mugny (2002).
Non à une régulation de la démographie
Les Verts vaudois rejettent «toute forme de régulation autoritaire de la démographie et donnent la priorité à la réduction de l’empreinte écologique». Leur assemblée générale de mercredi, forte d’une trentaine de membres, a adopté un texte en réaction à l’initiative fédérale Ecopop.
Selon le parti, «l’épuisement des ressources naturelles trouve sa cause principale dans les modes de production et de consommation, et non dans l’accroissement de la population sur un territoire donné». Dans le canton de Vaud, estiment les Verts, «le problème central n’est pas l’immigration en tant que telle, mais les effets délétères d’une promotion économique excessive qui s’est traduite (…) par une crise du logement et une aggravation du mitage du territoire». JC





