Les élus s’emparent du débat sur l’extension de la gare Cornavin
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CONSEIL MUNICIPAL • La Ville débloque 195 000 francs pour étudier une variante souterraine qui éviterait la destruction du bas des Grottes.
L’enjeu est colossal pour Genève. Au point que les élus du Conseil municipal ont fait preuve, hier soir, d’une discipline inhabituelle au moment d’aborder le débat sur l’extension de la gare Cornavin. A l’unanimité, le plénum a même voté sur le siège un crédit de 195 000 francs pour étudier une variante d’agrandissement en souterrain. Le canton devra mettre la même somme sur la table, alors que les CFF se sont désengagés pour cette étape.
Bataille de chiffres
Il s’agit de faire évaluer, par des experts indépendants, le coût et la faisabilité de cette option, qui est ouvertement défendue par le maire de Genève Rémy Pagani. A l’inverse, les CFF prônent une extension en surface – évaluée à 790 millions de francs –, dont les conséquences sont énormes pour l’environnement urbain. Plus de 350 logements, dans le bas du quartier des Grottes, seraient menacés si deux nouvelles voies devaient être créées en extérieur.
Sur la base de ses propres estimations, la régie fédérale a conclu que la variante souterraine était trop chère (1,7 milliard). Mais l’évaluation est contestée, d’où l’accord passé en mai dernier entre la Ville, le canton et les CFF pour demander une expertise neutre.
En revanche, personne ne conteste la nécessité d’agrandir la gare à l’horizon 2025, pour faire face à l’explosion prévue du nombre de voyageurs. De même, les autorités cantonales, communales et les élus genevois à Berne font front commun pour obtenir les indispensables subsides fédéraux.
Mais voilà, on ne biffe pas aussi facilement un pan entier de quartier. Ce printemps, la mobilisation des habitants s’est donc accentuée contre le projet. Au Conseil municipal, plusieurs élus en sont les relais. «Cette étude ne sera qu’une pièce dans le débat à mener avec les CFF, relève Morten Gisselbaek (Ensemble à Gauche). Il ne faudra pas se limiter à une question d’argent, car les quartiers populaires sont très précieux à nos yeux.» L’élu est lui-même engagé dans le Collectif 500, qui se prépare à lancer une initiative cantonale contre le plan des CFF.
Deux voies, suffisant?
L’impact sur l’environnement bâti n’est toutefois pas l’unique motif de reproche. La pertinence de se contenter de deux voies supplémentaires en surface est remise en question. «Après 2050, une nouvelle extension sera de toute façon nécessaire et nous n’allons pas à chaque fois emboutir un morceau de ville», souligne Sarah Kloppmann, des Verts. La variante souterraine, en ce sens, se révèle plus flexible.
Reste le problème n°1: l’argent. On sait que la Confédération ne mettra pas davantage que 790 millions, qui ne sont à ce jour même pas acquis. Ville et canton devront probablement payer la différence, alors que les finances publiques ne sont pas au beau fixe. «L’extension de la gare, quelle qu’elle soit, est une nécessité, note Adrien Genecand (PLR). Si l’étude montre que la variante en souterrain est irréaliste, en termes de coût et de délais, j’espère au final que tout le monde se ralliera en faveur de la solution la plus sage.»
«Combat de Don Quichotte»
Eric Bertinat (UDC) fait même preuve d’un certain pessimisme. «Le projet des CFF semble bien avancé et nous sommes au pied du mur. Il faudra de très solides arguments pour les convaincre, c’est un peu le combat de Don Quichotte.» Quoi qu’il en soit, le crédit d’étude, qui sera attribué à un bureau d’ingénieurs et à un laboratoire de l’EPFL, a été voté sans la moindre opposition. «Ce ne sera pas simple, c’est vrai, mais nous nous donnons aujourd’hui les moyens de mener ce combat», conclut Rémy Pagani. I





