Mercredi, 22 mai 2013

À quand la fin de la récré?

MERCREDI 31 OCTOBRE 2012

La victoire de Pierre Maudet lors de la dernière élection au Conseil d’Etat a laissé la gauche genevoise groggy tant la défaite de la socialiste Anne Emery-Torracinta a été abyssale. Mais ne comptez pas sur le remplacement de M. Maudet à l’exécutif municipal pour offrir une boussole à l’électorat progressiste!
Car les «stratégies» des partis de gauche pour l’élection complémentaire au Conseil administratif de la Ville de Genève, ce dimanche, se distinguent par une désunion et une illisibilité inquiétantes. Et ce moins au vu de la victoire probable de la droite ce week-end que de la perspective des cantonales de 2013.
Face aux «choix» proposés aux électeurs de gauche en Ville, beaucoup hésiteront à remplir leur devoir civique, offrant la victoire à l’abstentionnisme.
Le PS, les Verts et Solidarités appellent à «faire barrage à l’extrême droite», soit à l’UDC Eric Bertinat, tout en assumant que la droite peut prétendre à un siège gouvernemental. Selon eux, lancer un candidat dans la course aurait équivalu à de l’arrogance, car le poids de la gauche au Conseil municipal ne permettrait pas d’envisager un exécutif monocolore. Stratégiquement, l’exercice du pouvoir absolu se révélerait contre-productif, affirment ces formations. L’argument peut se tenir. Problème: leur mot d’ordre revient à un soutien qui ne s’assume pas au candidat de l’aile droite du PDC, Guillaume Barazzone.
Le message apparaît tortueux, au risque de frustrer l’électorat progressiste, privé de choix démocratique: on est loin du visage d’une gauche conquérante. Le risque de dégâts est particulièrement aigu pour le Parti socialiste, dont la récente défaite ne peut en aucun cas être seulement attribuée à sa «championne» mais bien à un manque de repères idéologiques.
Le grand écart est frappant: alors que les roses sont censés rechercher le nord, certaines de leurs figures se divisent entre un soutien affiché au candidat indépendant Didier Bonny – un ancien PDC défendant «l’équilibre budgétaire» – et Salika Wenger, la candidate du Parti du travail.
Car l’agitatrice du Conseil municipal a beau se présenter comme la seule alternative, elle présente en fait surtout une candidature de combat, visant à élargir le socle électoral de son petit parti. Loin de faire l’unanimité à gauche, MmeWenger a accentué les divisions en partant au front sans un soutien élargi et surtout sans prévenir personne. La nouvelle avait été accueillie avec mépris par l’«allié» Solidarités.
Tout cela en dit long sur la «communication» au sein de l’extrême gauche et la «capacité» de ses composantes à élaborer des stratégies communes. Pas de quoi rassurer ses partisans, pour qui l’urne électorale s’est trop souvent transformée en poubelle. Par deux fois, les divisions ont privé la gauche radicale de représentation au Grand Conseil, où la gauche dans son ensemble n’a cessé de reculer au profit de la droite et de l’extrême droite.
Ce week-end, une bonne partie de l’électorat de gauche devrait donc aller à la pêche. Ces partis qui prétendent représenter les classes populaires seraient bien inspirés, ensuite, de siffler rapidement la fin de la récréation.

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