Jeudi, 23 mai 2013

Les «danseuses» se rebiffent

MERCREDI 31 OCTOBRE 2012

CABARETS • Une pétition a été remise hier à Simonetta Sommaruga, qui veut supprimer le permis délivré exceptionnellement aux «artistes» de boîtes de nuit.

Les danseuses de cabaret extra-européennes abattent leurs dernières cartes pour ne pas être «contraintes à l’illégalité». Soutenues par l’Union syndicale suisse, des politiciens et certaines associations, elles ont remis hier une pétition munie de 5000 signatures à Simonetta Sommaruga. En juin dernier, la ministre de la Justice a en effet annoncé vouloir supprimer le statut (permis L) qui, depuis les années 1990, donne exceptionnellement la possibilité aux «artistes» ukrainiennes ou dominicaines de travailler en toute légalité dans les boîtes de nuit.
Etrange alliance que celle qui se présentait hier à la presse! Pour remettre sa pétition, l’Union syndicale suisse (USS) et les milieux de défense de la femme n’ont pas hésité à s’acoquiner avec les cabaretiers. Leur credo commun: «Renoncer au statut de danseuse de cabaret, c’est supprimer la protection minimale de nombreux artistes.»
Vu sous l’angle syndical, «ce statut permet aux femmes de se défendre contre des pratiques illégales», explique Katharina Prelicz-Huber, membre du comité présidentiel de l’USS. Sans cela, c’est la porte ouverte aux pratiques mafieuses. «Ne soyons pas naïfs, implore la syndicaliste. Ces femmes ne cesseront pas de venir en Suisse uniquement parce que leur statut a été supprimé!»

Syndicats divisés
On notera toutefois que le sujet divise les syndicats. Ainsi, Travail.Suisse ne voit pas «de quel droit on délivre des autorisations pour amener des danseuses,  alors que les autres branches de l’économie ne disposent pas de pareilles exceptions».
Grâce au permis L, les danseuses en provenance de pays n’appartenant pas à l’UE ou à l’AELE bénéficient d’un contrat de travail réglementaire pour huit mois, renouvelable d’année en année. Elles peuvent prétendre à un salaire et à une affiliation aux assurances sociales, relève la conseillère nationale PLR Christa Markwalder (BE). Au nom des Femmes socialistes, sa collègue argovienne Yvonne Feri demande de ne pas toucher à leur statut, du moins aussi longtemps que les cantons n’auront pas mis de l’ordre dans les établissements qui commettent des abus.
Ce contrôle nécessaire suivi de sanctions, l’association regroupant les exploitants de cabarets (ASCO) dit aussi l’exiger. Son président Jürg König considère qu’avec un revenu garanti d’au moins 4700 francs, aucune danseuse n’est obligée de se prostituer. Insistant sur le fait que «les cabarets ne sont pas des bordels», il admet que la consommation de champagne peut poser problème. Certaines boîtes de nuit l’ont déjà remplacé par des mousseux sans alcool. «Nous serions prêts à accepter cette condition d’obtention du permis L», précise Jürg Küng.

Contrôles coûteux
Le projet visant à supprimer le statut de danseuse de cabaret est mis en consultation jusqu’au 2 novembre. Sa mise en œuvre pourrait intervenir à l’horizon 2014. L’Office fédéral des migrations (ODM) considère que ce statut ne permet pas de protéger les femmes. «Un policier qui entre dans un cabaret est vite repéré», explique Michael Glauser, porte-parole de l’ODM. En outre, il serait aussi très difficile et coûteux de contrôler que le champagne soit bien remplacé par du mousseux, poursuit M. Glauser.
La moitié des cantons ont déjà choisi de ne plus décerner de permis aux danseuses. En Suisse romande, le Valais a été précurseur. «Après cela, 70 à 80% des cabarets ont fermé. Maintenant, il y a des bars à contacts», observe Jürg Küng. Fribourg, Vaud et le Jura ont aussi supprimé ce statut spécial. I

 
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