Après l’abordage, le sabordage?
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Parti pirate • Alors qu’en Allemagne elle dépassait les 13% d’intentions de vote en mai, la formation politique plafonne désormais à 5%. La faute à plusieurs dysfonctionnements.
Après l’abordage, le sabordage? C’est la question que pose l’effondrement du Parti pirate (PP) allemand, en chute à 5% des intentions de vote, début octobre, après avoir dépassé la barre des 13% en mai dernier.
La fulgurante carrière nationale du PP débute le 18 septembre 2011, jour des élections du Parlement de Berlin. Ce micro-parti y obtient d’un coup 8,9% des voix et 15 sièges après une campagne électorale aux slogans peu conventionnels du genre: «Que fais-je sur cette affiche, de toute façon vous n’allez pas voter.»
Les Pirates plaisent aux jeunes citadins et ont réussi à mobiliser les abstentionnistes tout en attirant des électeurs de tous les horizons. Ils deviennent la coqueluche des médias en même temps que la terreur des partis établis. Et au printemps 2012, ils confirment en entrant dans trois autres parlements régionaux.
Le PP, qui prône la démocratie participative et directe, la transparence totale ou la gratuité du téléchargement sur internet, se retrouve vite assiégé. Toutes les réunions internes du jeune groupe parlementaire étant ouvertes au public, un véritable défilé de micros et caméras s’organise. Et dès la première rencontre, les 15 pirates berlinois offrent aux journalistes ravis une superbe dispute sur la répartition des postes.
«Ce que nous faisons, c’est de la comédie. La presse se réjouit», constate alors Stephan Lauer, l’un d’entre eux. Mais pas question de transiger sur les principes: «Président du groupe est un mandat politique. Je veux que son élection soit publique!», insiste son collègue Gerwald Claus-Brunner, sanglé dans une salopette orange vif, un foulard de pirates noué sur la tête.
Autres partis bousculés
Dans l’euphorie, les déficits de ce parti aux idées neuves mais sans programme ni expérience sont jugés avec complaisance. Interrogé dans un talk–show sur la dette de la ville de Berlin, le chef des pirates berlinois Andreas Baum répond: «Je ne sais pas, mais sûrement beaucoup de millions», déclenchant l’hilarité générale.
Depuis, les pirates savent que Berlin croule sous 64 milliards d’euros de dettes. L’un d’entre eux a immédiatement créé une application pour smartphones. Celle-ci donne en temps réel le niveau d’endettement de la capitale allemande. «J’ai voté pour eux. Leur fraîcheur, leur franchise et la manière amusante de s’arranger avec leur manque de connaissances m’ont séduit. Je me suis dit qu’ils pouvaient apprendre», se justifie le Berlinois Felix Koschnick, électeur des Verts à l’origine.
Fébrile, la CDU de Mme Merkel réagit en créant un groupe de travail sur internet, pendant que le ministre-président de Bavière, le chrétien-social Horst Seehofer, se met à organiser des fêtes via facebook (un bide!), et que le patron des sociaux-démocrates Siegmar Gabriel s’empresse d’ouvrir un compte sur twitter.
Quant au Parti libéral, il inaugure une plateforme internet «participative» intitulée «New Democracy», une pâle copie de la plateforme pirate «Liquid Democracy». Au départ, cette dernière a beaucoup fasciné. C’est autour de cette plateforme conçue pour «débattre et prendre des décisions», que toute la vie du parti s’organise. C’est là où se pratique la démocratie «en temps réel». Ce qui est bien pratique: à chaque fois qu’un dirigeant pirate est incapable de préciser la position de son parti, comme sur les questions économiques, il renvoie au «processus de formation d’opinion» en cours sur «Liquid Democracy».
Mais ce débat public et permanent, où beaucoup interviennent sous pseudonyme, brouille le message politique des pirates et n’est pas si transparent que cela. Il a ainsi fallu que Matthias Bahner soit élu chef du PP dans le Land du Mecklembourg–Poméranie-Occidentale pour que l’on découvre que lui-même et d’autres membres moins exposés étaient d’anciens membres du parti néonazi NPD!
Dépassés
Outre le fait que 42% des militants ne payent pas leurs cotisations, et que les dirigeants accumulent les bourdes – tel le vice-président du PP arrêté pour quelques plants de marijuana plantés dans sa cour -, l’absence de positions sur les grandes questions du moment, l’Europe ou la crise de l’euro, commence à peser lourd. «Mes collègues pirates assistent à toutes les séances. On ne peut pas leur ôter cela», concède Nicole Ludwig, vice-présidente des Verts au Parlement de Berlin.
«Pour le reste, ils ne livrent rien et semblent dépassés. Il faut qu’ils se reprennent vite. Sans quoi, ils s’effondreront aux prochaines élections nationales dans un an», estime la politicienne. Comme pour confirmer les craintes de Mme Ludwig, on apprenait vendredi matin la démission surprise de deux membres de la direction fédérale. L’un ne supportant plus les guerres intestines qui minent la direction. L’autre refusant de devenir une politicienne professionnelle.






