Téléréseau: les communes genevoises hésitent à vendre
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TÉLÉCOMS • Alors que la Ville de Genève réfléchit toujours à l’opportunité de vendre son réseau câblé, 022 Télégenève (Naxoo), plusieurs communes étudient également la question.
Est-ce encore le rôle d’une municipalité de s’occuper d’un téléréseau? Depuis que la Ville de Genève a annoncé, ce printemps, son intention de vendre ses parts majoritaires de 022 TéléGenève (Naxoo), plusieurs communes genevoises s’interrogent. Onex, Lancy, Carouge, Prégny-Chambésy et Genthod sont les cinq dernières municipalités à être actionnaires majoritaires de leur propre téléréseau.
Regroupées au sein de l’Association régionale pour des télécommunications modernes (Artemo), elles hésitent mais espèrent que l’affaire sera réglée d’ici à fin 2012. Une entreprise a été mandatée pour évaluer, courant septembre, l’état des réseaux respectifs, afin de pouvoir établir une offre chiffrée par la suite. Le résultat est connu mais n’est pas communiqué.
La Ville d’Onex réticente
Ce questionnement s’explique aussi par l’évolution fulgurante du monde des télécoms. Les infrastructures se développent à grande vitesse et leur entretien représente un coût élevé. La concurrence augmente et les abonnements tendent à baisser, sans compter que la commercialisation des produits TV nécessite une publicité incessante.
«Je crois qu’il faut être réaliste, les communes n’ont plus assez d’expertise pour assumer un tel rôle, explique François Lance, président de l’Artemo et conseiller administratif de la Ville de Lancy. Nous avons rempli notre part en prenant en charge la construction de nos téléréseaux depuis vingt ans, en les modernisant. Mais la commercialisation de leur contenu face à la concurrence actuelle n’est plus de notre ressort.»
La commune d’Onex est la plus réticente à la vente. «Pour le moment, je ne suis pas pressée de conclure. Sur le fond, je reste favorable à garder notre téléréseau», affirme la maire Ruth Bänziger.
Dans tous les cas, les doutes des communes aiguisent l’appétit d’UPC-Cablecom. Le cablo-opérateur est l’actionnaire minoritaire de ces réseaux communaux, pour un maximum de 49%. C’est aussi le cas en Ville de Genève, où le projet de vente est à l’étude mais fait l’objet d’une réévaluation. Seul Genthod fait exception, où la firme zurichoise ne possède aucune part. La société est également propriétaire du reste des réseaux genevois, dont Télémeyrin, acquis en avril dernier.
Cablecom en embuscade
UPC-Cablecom, filiale du géant américain Liberty Global, ne cache pas sa volonté de renforcer sa position sur Genève en rachetant des réseaux communaux. Une éventualité que Dominique Tinguely, ingénieur en télécoms, voit d’un mauvais œil. «Le but unique de Liberty Global est de générer du profit, affirme-t-il. En Europe, la société rachète des téléréseaux, les assainit, augmente les prix des prestations, puis les revend.»
Une hypothèse que réfute le responsable genevois de Cablecom, Joseph Bagnoud: «Le cœur de métier de Liberty Global est la télécommunication. Nous ne comptons pas revendre par la suite.»
Plutôt que de vendre à une entreprise internationale comme Cablecom, Dominique Tinguely suggère par exemple une association avec Citycable, téléréseau de la Ville de Lausanne, géré par les Services industriels lausannois (SIL).
Une collaboration avec les Services industriels genevois (SIG) est-elle aussi possible? «Chaque cas est différent, expliquent les SIG. La valeur d’un réseau réside dans l’infrastructure en place, qui pourrait nous permettre de déployer à moindre coût la fibre optique. Cablecom les rachète à leur valeur commerciale. Dans ce genre de cas, une offre des SIG, si elle devait être faite, ne serait pas forcément intéressante pour le propriétaire.»
Quid des chaînes locales?
Parmi ces pistes, le président de l’Artemo estime toutefois «qu’il est sûr à 90% que l’acheteur potentiel sera l’actionnaire minoritaire, UPC-Cablecom».
Pour les communes, une vente peut avoir des conséquences positives – une entrée d’argent ponctuelle – mais aussi négatives. Pour Ruth Bänziger, maire d’Onex, deux questions se posent: «A quel point sommes-nous prêts à abandonner un service public? Et comment assurer la survie de notre chaîne locale?» Lancy se soucie aussi du sort de sa chaîne de télévision – les autres communes citées n’en ont pas. «Nous réfléchissons à des solutions, comme un financement entièrement pris en charge par la commune», déclare François Lance.
Vendre ou ne pas vendre? Au final, ce sera de toute façon aux Conseils municipaux de chaque commune de trancher. Voire au peuple, si référendum il y a. I
A Genève, l’exécutif réexamine le dossier
La Ville de Genève temporise. Après l’annonce, fin avril, de son intention de céder 022 Télégenève (Naxoo) au plus offrant, la municipalité a levé le pied et prend le temps de réexaminer le dossier. Pourtant, Pierre Maudet, alors conseiller administratif chargé du projet, n’avait pas caché son intention d’aller vite. Trop vite? En tout cas, l’examen entamé avant l’été en commission des finances a été formellement gelé à la rentrée. Sandrine Salerno, qui a repris le dossier en juillet après l’accession de son ex-collègue au Conseil d’Etat, a demandé un délai pour en prendre connaissance dans le détail avant de décider de la suite.
«Des contacts ont été pris avec différents acteurs concernés et l’analyse suit son cours», nous fait savoir son département. Ce printemps, la décision de l’exécutif de vendre Naxoo, qui nécessite l’aval du Conseil municipal, avait suscité la controverse. Certains élus avaient d’emblée menacé de lancer un référendum. Mario Togni





