Le «scandale politique» des rivières à sec
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NATURE • Les pêcheurs dénoncent la négligence des cantons qui rechignent à garantir un débit d’eau suffisant en aval des barrages.
Attention, les rivières suffoquent! C’est le cri d’alarme lancé hier par les pêcheurs, qui s’inquiètent des débits d’eau insuffisants, voire inexistants, en aval des barrages. La Fédération suisse de pêche (FSP) accuse les cantons de traîner les pieds pour faire appliquer une exigence constitutionnelle votée par le peuple il y a trente-sept ans! «C’est un scandale politique», va jusqu’à dire Roland Seiler, président central de la FSP. Dans son collimateur, on trouve notamment les cantons romands, à l’exception de Genève.
La question des «débits résiduels» influe directement sur la santé des cours d’eau. Les prélèvements effectués à des fins de production d’énergie, d’approvisionnement en eau potable ou d’irrigation des champs, sont limités de telle sorte que la rivière en aval puisse continuer à vivre. «C’est important pour la faune et la flore du biotope aquatique. Les poissons doivent pouvoir rejoindre leur zone de reproduction», éclaire Maxime Prevedello, de la FSP. Le pêcheur genevois cite aussi la nécessité de diluer la pollution ou d’éviter l’envasement des ruisseaux.
Le délai légal prend fin
Ce que peu de gens savent, ou que beaucoup paraissent ignorer, c’est que la préservation de débits résiduels suffisants est garantie par la Constitution fédérale depuis 1975. A la suite de l’insistance de la Fédération suisse de pêche, cette exigence figure dans la révision de la Constitution approuvée par 77,5% des Suisses cette année-là.
«Les cantons et l’économie hydraulique se fichent éperdument depuis des années de la volonté populaire», dénonce la FSP. Ce d’autant plus que le souverain a confirmé son choix en 1992, en acceptant la loi révisée sur la protection des eaux. Les cantons avaient alors vingt ans pour garantir des débits résiduels convenables en aval des barrages. L’heure des comptes a sonné, puisque ce délai légal expire à fin 2012.
Selon les pêcheurs suisses, le bilan est franchement douteux. En 2012, 60% des eaux ayant subi des prélèvements n’ont aucun débit résiduel à l’aval des ouvrages concernés. Dans de tels cas, les rivières sont fatalement à sec.
La Fédération suisse de pêche a dressé la liste des cantons qui ont le plus failli à leurs obligations. Fribourg et Vaud font figure de mauvais élèves, avec respectivement 21% et 36% des assainissements réalisés. Château d’eau de la Suisse, le Valais accuse un énorme retard: sur un total de 262 ouvrages, 199 devaient être assainis, mais seuls 7 l’ont été. Le Jura est qualifié de «réfractaire»: aucun des neuf barrages concernés n’a été mis aux normes. Enfin, Neuchâtel est dernier de classe: à en croire la FSP, le canton n’a jamais répondu aux demandes de renseignements ni informé l’Office fédéral de l’environnement.
L’exception genevoise
Unique exception romande, Genève est le seul canton, avec Bâle-Campagne, à avoir rempli son devoir. Il faut dire que sa tâche se limitait à assainir quatre barrages (Verbois, le Seujet et deux installations sur la Versoix). C’est désormais chose faite. Berne paraît aussi «bien disposé», avec 76% des cas réglés.
A fin 2012, il faut s’attendre à ce que la moitié des cantons ne respecteront pas le délai imparti. En mars dernier, la conseillère nationale Yvonne Feri (ps/AG) a interpellé le gouvernement à ce sujet. Le Conseil fédéral «est disposé à faire appliquer la législation», lui a-t-on répondu. «Le problème, c’est qu’il n’a pas la possibilité de sanctionner ou d’amender les cantons réfractaires», regrette la députée argovienne.
Maxime Prevedello s’attend à voir les projets hydroélectriques se multiplier en Suisse à la suite de la décision du Conseil fédéral de sortir progressivement du nucléaire. «Les pêcheurs ne laisseront pas faire n’importe quoi» le long des cours d’eau, prévient le Genevois. Pour sa part, le président central de la FSP regrette déjà le «boom» des projets de petites installations hydrauliques «ni écologiques, ni économiquement intéressantes», juge Roland Seiler. I






