Dimanche, 19 mai 2013

Bientôt expulsé, un migrant risque de perdre la vue

MERCREDI 24 OCTOBRE 2012

GENÈVE/JURA • L’Association jurassienne d’accueil des migrants refuse de payer les opérations médicales d’un jeune Mauritanien.
 

Jacques Emery, avocat genevois, travaille sur ce dossier à titre gracieux. Il se dit choqué: «Si on ne fait rien, cet homme risque de perdre la vue.» Aboubakr Sy, jeune Mauritanien de 22 ans arrivé en Suisse il y a une année, attend son expulsion. En effet, sa demande d’asile a été déboutée par les autorités du canton du Jura, où il est enregistré.
Depuis plus de deux ans, le migrant souffre d’un grave problème ophtalmologique. Si rien n’est fait, il risque de perdre la vue. Actuellement, sa douleur est considérable et son acuité visuelle limitée. Le 20 juin dernier, une attestation médicale des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) a conclu à la nécessité d’effectuer sur lui plusieurs opérations. L’expertise mentionne également une durée de convalescence d’au moins un an. Coût des soins: environ 300 000 francs. L’hôpital genevois ne peut pas prendre en charge le jeune homme et a donc transmis ce rapport auprès du Service jurassien de la population.

Expertise contradictoire
L’Association jurassienne d’accueil des migrants (AJAM), organe chargé de l’encadrement et de la couverture maladie des migrants du canton, affirme ne pas pouvoir payer une telle opération. Elle se base sur une expertise, réalisée à l’hôpital de Bâle avant celle des HUG, qui juge qu’une opération n’aurait que très peu de chances de pouvoir réellement améliorer la vue d’Aboubakr Sy.
«Si les médecins pensaient que ces soins étaient pertinents pour M. Sy, alors nous aurions déjà monté un dossier pour demander au canton de les payer», justifie Francis Charmillot, directeur de l’AJAM. «Mais il semblerait qu’aucun traitement ne peut vraiment aider le jeune homme.» Actuellement, celui-ci se soulage à l’aide de gouttes pour les yeux.
Francis Charmillot déplore également le comportement du Mauritanien qu’il accuse de disparaître fréquemment. Celui-ci ne se présenterait pas aux rendez-vous de soin proposés par l’AJAM et ne serait pas suffisamment coopératif avec les personnes qui l’encadrent. «Il ne vient même pas chercher ses gouttes et se plaint ensuite de ne plus en avoir.»

Contraire à la Constitution?
L’expertise bâloise est contestée par Me Tiagou, avocat stagiaire à
l’étude Emery, pour qui le statut de futur expulsé de son client est le facteur qui empêche tout financement. «Les deux médecins des HUG qui ont signé l’attestation médicale sont tout à fait compétents, argumente-t-il. Il existe des structures capables de sauver la vue de cet homme, mais on ne fait rien car c’est trop cher et parce qu’il va être expulsé.»
Me Tiagou invoque les articles 7 et 12 de la Constitution fédérale qui garantissent notamment la dignité humaine et le droit à recevoir une aide en situation de détresse. «Nous espérons que l’AJAM finira par financer cette opération. Si cela n’est pas le cas, nous tenterons de stopper le processus d’expulsion de M. Sy afin qu’il obtienne un permis humanitaire, qui offre une meilleure couverture maladie.» I

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