Jeudi, 23 mai 2013

Ville de Genève: les jeux sont ouverts

MERCREDI 24 OCTOBRE 2012

Élection partielle• Quatre candidats aux profils tranchés se disputent le siège laissé vacant par Pierre Maudet au Conseil administratif. Une configuration qui rend tout pronostic particulièrement délicat, au point qu’un second tour n’est pas exclu.

Une élection partielle peut en cacher une autre. Après l’accession de Pierre Maudet (PLR) au Conseil d’Etat, le 17 juin dernier, c’est au tour de la Ville de Genève d’élire celui ou celle qui le remplacera au Conseil administratif. Quatre personnalités sont en lice pour conquérir l’unique siège inoccupé par la gauche à ce jour: Guillaume Barazzone (PDC), Salika Wenger (PdT), Eric Bertinat (UDC) et Didier Bonny (indépendant). A moins d’une surprise, le ou la candidat-e qui sera élu-e le 4 novembre reprendra le Département de l’environnement urbain et de la sécurité, laissé vacant par Pierre Maudet.
Parvenir à ce casting resserré n’a pas été une mince affaire. A droite comme à gauche, l’été a réservé son lot de polémiques et de luttes internes. Au centre-droit, en particulier, puisque le député démocrate-chrétien Barazzone a obtenu l’investiture de l’Entente à l’issue de délicates tractations. Le Parti libéral-radical (PLR) a en effet accepté de sacrifier ses propres candidats au profit du PDC, pour le bien de l’alliance historique entre les deux formations.

Un favori sur le papier
Au PLR, ce désistement a laissé des traces. Mais l’unité vite retrouvée de l’Entente fait aujourd’hui de Guillaume Barazzone le favori du scrutin. Sur le papier, du moins. En mars 2011, lors de l’élection du Conseil municipal, PLR et PDC représentaient 27% des suffrages en Ville, soit le socle électoral le plus élevé des quatre candidats. Le député incarne aussi une forme de continuité et dispose clairement du plus gros budget de la campagne.
La candidature de l’UDC Eric Bertinat, elle, n’a pas été contestée dans son parti. Il bénéficie en outre du soutien officiel du MCG, dans la foulée d’un rapprochement de la droite dure initié lors de l’élection au Conseil d’Etat.
Toute la base du MCG ne porte pas Eric Bertinat dans son cœur, mais le député et conseiller municipal devrait faire un bien meilleur score qu’en 2011. Déjà candidat à l’exécutif de la Ville, il avait finit bon dernier d’une liste de dix concurrents. L’UDC et le MCG cumulent 19 sièges sur 80 au Conseil municipal (23% des voix), soit un plancher électoral non-négligeable.

Turpitudes à gauche
Au gauche, la question s’est posée en d’autres termes. Prenant tout le monde au dépourvu, Salika Wenger a suscité des turpitudes au sein de l’Alternative rose-rouge-vert en se portant candidate. La conseillère municipale, soutenue par le Parti du Travail, s’est en effet lancée sans demander l’avis des partenaires traditionnels.
Alors que la gauche dispose déjà de quatre sièges sur cinq à l’exécutif, sans majorité au délibératif, Verts et socialistes ont toujours estimé qu’un gouvernement monocolore n’était pas souhaitable. Solidarités, qui partage pourtant avec le PdT les bancs du groupe Ensemble à Gauche au Conseil municipal, est sur la même ligne.
Qu’importe! La candidate a tenu à porter une voix de gauche dans cette élection, au risque de fâcher ses alliés. Mais cela lui vaut aussi le soutien officieux d’une partie du PS et officiel de la Jeunesse socialiste. Si une partie de l’électorat de l’Alternative portera son vote sur elle, son poids électoral est très difficile à estimer.

Vers une deuxième tour?
D’autant qu’une candidature surprise, celle de l’indépendant Didier Bonny (ancien PDC), est venue brouiller les cartes. D’emblée, l’ex-conseiller municipal et militant associatif, estampillé «chrétien-social», a reçu l’appui de ténors écologistes, comme l’ancien président du parti national Ueli Leuenberger, et de certains socialistes.
Divisés sur la stratégie à adopter et sur les choix de personnes, Verts et roses ont ainsi décidé en assemblée générale de ne pas prendre position, si ce n’est pour appeler à faire barrage à Bertinat et l’extrême-droite. Un véritable exercice d’équilibrisme!
Dans ce contexte, l’élection du 4 novembre est plus ouverte que jamais, au point qu’un second tour n’est pas exclu en cas de division extrême des voix – ce serait une première à Genève. Un candidat doit en effet réunir 33% des suffrages pour être élu, ce qui nécessite de passablement dépasser sa base électorale. Le pronostic est d’autant plus difficile que l’arithmétique ne fait pas tout dans l’élection d’un exécutif, où la personnalité des candidats compte beaucoup. La brillante élection au Conseil d’Etat de l’«outsider» Pierre Maudet, en juin dernier, en est la meilleure preuve. I

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