Jeudi, 23 mai 2013

Un prophète

DIMANCHE 21 OCTOBRE 2012

DISQUE • SWANS, «THE SEER»

Ecouter Swans n’est pas sans risque. Bien des musiques paraissent soudain fades en comparaison, dénuées de l’intensité dramatique qui caractérise les travaux de Michael Gira et sa bande. Remise en selle après quelques années de hiatus (1997-2010), celle-ci se jette corps et âme dans une bataille qui a repris de plus belle, forçant l’admiration.
Avoir vu Swans en concert, c’est savoir que la troupe étasunienne fonctionne comme un ensemble symphonique davantage que comme un groupe rock – même si les guitares électriques et la percussion jouent une place non négligeable, associées à une multitude de timbres produits par des tubular bells, vibraphone, mandoline, cuivres, piano, violoncelle, cornemuse ainsi que des invités tels que Karen O des Yeah Yeah Yeahs, Jarboe ou encore Mimi Parker et Alan Sparhawk de Low. Accords répétés en boucle, rounds d’observation suivis de montées en puissance cataclysmiques, entrelacs délicats ponctués par les incantations d’un Gira en transe – l’homme est une sorte de prophète de la perdition à qui l’on ne fait plus avaler la moindre couleuvre depuis trois décennies en tout cas, 1982 marquant l’acte de naissance de Swans et d’une profusion intransigeante d’albums studio et live.
Ainsi fonctionne la mécanique Swans, entre fascination et rebut, curiosité et effroi, abandon et rétractation. The Seer, comme son impressionnant prédécesseur My Father Will Guide Me up a Rope to the Sky (2010), est une invitation en terrain mouvant, un appel à se dépouiller pour atteindre une forme inconfortable d’extase.

 

SWANS, THE SEER, YOUNG GOD RECORDS

 
Le Courrier
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