Samedi, 25 mai 2013

Les Vaches Laitières n’ont pas fini de pogoter et de siroter

VENDREDI 19 OCTOBRE 2012
Un armailli, deux vaches et un iroquois planqué à l’arrière.
DR

SKA-PUNK • Rien ne sert de courir, il faut maîtriser le contretemps. Le quatuor genevois anarcho-houblonné vernit ce soir sa nouvelle plaque.

«On est pas des moutons! Ou bien!?!» Ben non. Des vaches, laitières avec ça. Ce qui n’empêche pas nos braves bovines de finir, non pas tondues, mais la tête tranchée par le hachoir d’un boucher moustachu apparemment fier de lui. Les illustrations de la pochette du nouveau disque des Vaches Laitières, réalisées par Olive et Ivan (le tandem graphique La Puce), donnent d’emblée le ton: braillard et rigolard, dans une veine keupon plus sympathique que vindicative.
A moins d’avoir passé les treize dernières années au stamm des Vieux-Grenadiers ou aux réunions des partis radical-libéral, impossible d’ignorer l’existence des Vaches Laitières. Quatre joyeux drilles qui entretiennent la flamme prolo-libertaire et creusent le sillon «ska-punk» – le contretemps imparable du premier, les accélérations furieuses du second –, le tout dans un esprit festif et houblonné. A l’Usine, dans les caves de squats (s’il en reste) ou dans les Maisons de quartier du bout du lac, les prestations des Vaches Laitières se transforment en «pogo» généralisé.

Un prétexte à la fête
«Ce disque ressemble à ce qu’on voudrait faire quand on est sur scène», résume Pierre (chant) à propos du son et de la mise en place impeccables des huit nouveaux titres. Avec le vinyle dix pouces dûment numéroté, on obtient pour le même prix la version CD et ses quatre titres bonus. On est pas des moutons! Ou bien!?! a été conçu en face des tours du Lignon, dans le studio du discret mais efficace producteur Serge Morattel, connu pour son travail avec la scène metal. «Il fallait bien compenser nos carences techniques, s’amuse Nico (basse). Ce disque nous a coûté la peau des fesses, alors il a intérêt à se vendre!»
Vieilles routardes de la scène locale, les Vaches Laitières sont de purs produits alternatifs. Ses membres ont entamé la quarantaine et certains sont pères de famille. «C’est plus dur de répéter et de sortir aux concerts, explique Pierre. Le groupe est un bon prétexte pour faire la fête.»
Le quatuor ne prétend rien révolutionner (musicalement du moins), mais son style identifiable, marqué par les groupes de la vague alternative française des années quatre-vingt – Bérurier Noir, Ludwig von 88, Parabellum –, a pris de la bouteille. Une intro arabisante, un solo de guitare, un couplet lorgnant vers Renaud sont des détails qui ne trompent pas. «Le Renaud des débuts est évidemment une grosse influence, je connais ses textes par cœur», admet Pierre. «Le P’tit matin bourré» démarre donc en mode musette pour mieux embrayer sur la pédale de distorsion. «Il fallait un titre pour se démarquer, vu que notre batteur ne connaît que deux rythmes, le poum-tchak et le tsi-toum tsi-ta...» Punk et ska, donc.
Si le houblon imprègne ses textes, Pierre se défend de faire l’apologie de l’alcool et dit  même nourrir quelques remords lorsqu’il distribue depuis la scène des bières à la cantonade. «Une partie de notre public a la moitié de notre âge. Les plus vieux, eux, sont au fond de la salle. Cela dit, dans mes textes, l’alcool n’a rien de glorieux.»

Les snipers de Tulkarem
Plus sérieusement, les cibles de On est pas des moutons! Ou bien!?! sont d’abord les patrons. C’est que Pierre bosse à la caisse de chômage d’un syndicat et mesure les dégâts. Nico, lui, est animateur socioculturel. Stéphane, batteur à crête, est dans la mécanique, et Jérôme, guitar hero mais pas trop, est plombier de formation. Chez les Vaches Laitières, on a les pieds sur terre, avec des moments de découragement (la connerie humaine, ça use), mais jamais longtemps comme on l’entend dans la chanson «Au bout de nos rêves».
Plus grave, «Tulkarem», une ancienne chanson reprise d'une précédente démo, relate l’expérience de Pierre lors d’une mission civile en Cisjordanie. C’était il y a dix ans, un engagement voulu par l’ancien objecteur de conscience comme application concrète des principes de non-violence: «La réalité dépasse ce qu’on croit savoir. J’ai vu un homme abattu par un sniper, entendu des bombardements nocturnes, et fait face à des soldats israéliens très nerveux. Je ne sais pas si j’ai été utile, mais en revenant, j’ai ressenti de la frustration, d’où le besoin d’en faire au moins une chanson.» Rien n’a changé en dix ans, mais la chanson a le mérite d’exister. Les Vaches Laitières poursuivent leur chemin, humblement, un public fidèle à leurs trousses. Leur vernissage live a lieu ce soir à la Gravière avec Mambassa BB (des potes liégeois), Sergent Papou, Raoul de Bonneville et les Michel Galabris.

 

Ce soir dès 21h, la Gravière, 11 ch. de la Gravière, Genève. www.lagraviere.net

 
Le Courrier
Vous devez être loggé pour poster des commentaires