Vent de fronde genevois contre un parc éolien géant au Mexique
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INDIGÈNES • Une coalition d’organisations genevoises a déposé hier une pétition à la Mission du Mexique auprès de l’ONU contre la construction d’éoliennes dans l’isthme de Tehuantepec.
La Coordination climat et justice sociale de Genève s’insurge contre des éoliennes. Le paradoxe n’est qu’apparent. L’installation d’un gigantesque parc de ces moulins à vent modernes est envisagée sur les terres d’une communauté indigène au sud du Mexique, dans l’isthme de Tehuantepec. Les principaux intéressés s’y opposent dans leur grande majorité en raison de l’impact supposé de ce projet sur l’environnement et leurs conditions de vie. Hier, une délégation de ladite Coordination, qui fédère des associations et des syndicats genevois1, a déposé une pétition urgente munie d’environ quatre-vingts signatures à la Mission du Mexique auprès des Nations Unies à Genève2.
Cette action fait écho à plusieurs manifestations qui avaient lieu au même moment dans la ville de Mexico pour soutenir ces autochtones huaves-ikojts, vivant autour du village de San Dionisio del Mar, dans l’Etat de Oaxaca. Des mouvements sociaux et associations mexicaines ont réagi rapidement car de sérieuses menaces pèsent sur l’intégrité physique de nombreux membres de cette communauté.
Récemment, des paramilitaires ont fait part de leur intention de reprendre par la force les locaux de la mairie et les accès du site de construction des éoliennes, qui sont occupés depuis février dernier par des indigènes en guise de protestation. La police fédérale, qui a souvent la main lourde, pourrait également intervenir. Le 10 octobre dernier, des militants d’une caravane de solidarité venue de la capitale en bus, ont été arrêtés et bloqués avant le village de San Dionisio par un groupe d’hommes armés.
De l’énergie pour Coca-Cola
Le projet que les autochtones combattent est mis en œuvre par un vaste consortium de multinationales, nommé Marena. Il comprend Coca-Cola et Heineken – qui ont promis d’acheter une partie de l’électricité produite –, mais aussi Mitsubishi et PGGM, un fonds de pension Hollandais. La compagnie danoise Vestas est le maître d’œuvre.
Les investisseurs prévoient l’édification de plus d’une centaine d’éoliennes sur une étroite bande de terre qui sépare deux lagunes. Il s’agirait de l’un des plus grands parcs de ce type en Amérique latine. «Alertés par des expériences similaires, les indigènes craignent fortement que les lagunes soient gravement polluées par la construction et le fonctionnement des éoliennes (qui nécessitent de l’huile pour tourner, ndlr). Et ces bassins maritimes sont leur première source de subsistance, ce sont des pêcheurs», détaille Olivier de Marcellus, membre de la Coordination climat.
Autre problème: les éoliennes empièteraient sur des sites sacrés, d’importance vitale pour ce peuple et sa culture. Les nombreux oiseaux migrateurs séjournant dans l’isthme seraient aussi en danger, facilement broyés dans les pales de ces engins d’acier. De surcroît, l’électricité produite ne bénéficierait pas aux habitants, mais aux usines d’Heineken et de Coca-Cola.
Six mille éoliennes envisagées
Comble de l’ironie pour les militants, ce projet est présenté comme favorable à l’environnement par ses promoteurs. «Nous ne pouvons pas permettre que le secteur des énergies renouvelables ait des pratiques aussi violentes et néocoloniales que ceux des énergies fossiles et nucléaires», assène le texte de la pétition, qui demande l’annulation pure et simple du projet. Replacé dans un contexte plus large, celui-ci n’est que la pointe de l’iceberg du programme éolien de l’isthme de Tehuantepec, région bénie par le dieu Eole: l’implantation d’environ six mille machines y serait envisagée.
D’autres communautés pourraient entrer en résistance, notamment en raison des spoliations des terres des paysans qu’entraînent certains de ces plans. Nestlé Mexique va prochainement dépenser 160 millions de dollars pour la construction de trente-sept turbines éoliennes sur 514 hectares. La Coordination climat et justice sociale promet d’ouvrir l’œil sur les conditions de leur réalisation. I
1 La Coordination climat regroupe notamment: Attac, le Cadtm, Contratom Greenpeace Genève, Uniterre, et les syndicats Sit et Unia.
2 La pétition continue cependant à circuler et sera disponible dans les prochains jours sur le site internet: www.climatjusticesociale.org





