Du soleil pour remplacer l’atome
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Genève inaugurait hier la plus grande centrale photovoltaïque de Suisse. Les milliers de panneaux installés sur le toit de Palexpo produisent 3% de l’électricité solaire consommée en Suisse. De quoi alimenter 1350 ménages, nous dit-on. Mais la nouvelle, réjouissante en soi, peut aussi se lire à l’envers: cela nous rappelle que moins de 50 000 foyers helvétiques sont alimentés aujourd’hui grâce au soleil.
La Suisse, qui à chaque conférence internationale fait la leçon écologique au reste du monde, a accumulé un retard consternant. Selon Swissolar, le photovoltaïque ne contribue que pour 0,27% à la consommation électrique brute du pays. A titre de comparaison, la part est de 4% en Allemagne. En Belgique, autre pays peu connu pour son ensoleillement, cette énergie renouvelable couvre 12% de la consommation des ménages. Près de neuf fois plus qu’en Suisse. Des Etats comme la Tchéquie, l’Italie ou l’Espagne sont à des années-lumière devant nous.
Après des lustres d’immobilisme, la Confédération avait empoigné la question en édictant, en 2008, une norme dite RPC, qui prévoit de rétribuer le courant injecté dans le réseau par les centrales solaires au prix coûtant. De quoi rassurer les propriétaires, petits et gros, désireux de mettre des panneaux sur leurs surfaces disponibles.
Mais comme souvent en Suisse, où le bien est l’ennemi du mieux, les subventions ont été plafonnées et délivrées avec parcimonie. Plus de 12 000 projets (!), pourtant prêts à démarrer, demeurent aujourd’hui au stade du papier, faute d’avoir reçu le sésame des autorités. Et le pays d’accumuler son retard et des milliers de tonnes de CO2 dans l’atmosphère.
Pour faire bonne mesure, la Confédération a réduit cette année le prix du kilowattheure payé aux nouveaux producteurs, prétextant la baisse du coût des installations. A terme, Berne entend même exclure les petites installations photovoltaïques de la RPC, si l’on en croit la stratégie énergétique 2050 du Conseil fédéral. Quant aux grandes, elles continueront de subir le plafonnement de leurs subventions, contrairement aux autres sources d’énergies renouvelables.
Production décentralisée par essence, le solaire n’intéresse que marginalement les barons de l’électricité helvétique. D’ici à voir dans cette difficulté à dégager de gros profits la cause du manque d’enthousiasme fédéral pour cette source inépuisable d’énergie, il n’y a qu’un pas que nous franchirons sans hésiter.
C’est d’autant plus aberrant que le Conseil fédéral assure, urbi et orbi, vouloir sortir du nucléaire. Or, une utilisation optimale des toits et des façades permettrait de remplacer cinq des six centrales en activité!
Même du point de vue économique, le pari du solaire serait rapidement gagnant. La branche – essentiellement occupée par des PME – est dynamique et créatrice d’emplois. Selon sa faîtière Swissolar, quelque 10 000 personnes travaillent déjà dans le secteur. C’est plus que dans le nucléaire!





