Dimanche, 19 mai 2013

Genève met le nez au solaire

MERCREDI 17 OCTOBRE 2012
L’installation, d’un coût de 15 millions de francs, produira en énergie l’équivalent de 1350 ménages.
PBH

ÉNERGIE • Le toit de Palexpo abrite 15 000 panneaux photovoltaïques sur une surface de 30 000 m2. Il s’agit de la plus grande centrale solaire de Suisse, qui reste encore frileuse en la matière.

La plus grande centrale solaire photovoltaïque de Suisse est genevoise. Les autorités ont inauguré hier, sur le toit de Palexpo, une installation impressionnante – 15 000 panneaux sur une surface de 30 000 m2 – et qui délivre une puissance de 4,2 mégawatts (MW). Soit environ l’équivalent de 1350 ménages genevois.
Le tout pèse quelque 561 tonnes. Pour la soutenir, il a fallu renforcer le toit de Palexpo. C’est aussi la fin de dix-sept mois de travaux pour rendre opérationnel ce site qui fait figure de géant: la centrale de l’EPFL ne fait «que» 20 000 m2 pour une puissance de 2 MW, et celle du stade de Berne représente une superficie de 12 000 m2 avec une puissance de 1,3 MW.
Le projet a été réalisé par une entreprise belge. Et les panneaux sont chinois. «Mais nous avons veillé à ce qu’ils soient certifiés, à savoir que les normes sociales et salariales en usage dans ce domaine soit respectées», précise Isabelle Dupont-Zamperini, porte-parole des Services industriels de Genève (SIG).

Coût de 15 millions
Cette centrale représente un investissement de 15 millions de francs. Et le courant est mis sur le marché à un coût de 33 centimes le kilowattheure (kWh). L’opération est rentable économiquement, puisqu’il s’agit d’un prix garanti par la Confédération (lire ci-dessous).
Avec ces 4,2 MW installés, les SIG sont dans les objectifs de leur planification en matière d’énergie solaire. Les vingt-trois centrales solaires gérées par l’établissement autonome de droit public fournissent une puissance de 20 MW. Et les SIG visent à atteindre les 30 MW à l’horizon 2017, comme l’a relevé hier Alain Peyrot, nouveau président du conseil d’administration de la régie publique. «Mais on est encore loin de l’Allemagne.»
Pour Pierre Maudet, conseiller d’Etat de tutelle des SIG, «il est important de passer à l’acte à tous les niveaux». Et le magistrat d’énumérer les domaines clefs du dossier: le programme Eco-21, qui permet de financer les économies d’énergie, le projet d’un nouveau barrage sur le Rhône à Conflan (sud de Genève) ou encore le projet de forage en grande profondeur.

Bouquet de projets
Le but de ce dernier est de descendre à des profondeurs de 4 km pour trouver des températures dépassant les 100 degrés. Une énergie thermique qui peut ensuite être soit turbinée pour en faire du courant, soit valorisée pour le chauffage. La semaine passée, le Conseil d’Etat a d’ailleurs donné le feu vert à une étude en la matière.
«Genève a changé de Constitution ce week-end, a rappelé M. Maudet, mais elle a bien conservé sa disposition constitutionnelle antinucléaire adoptée en 1986; le but reste bien de sortir de l’atome.» Et le magistrat de relever que le rapport du Conseil fédéral en matière de politique énergétique mentionne de manière positive le volontarisme genevois. Statistiquement, cela se lit dans le fait que la surface de panneaux solaires par habitant est trois fois supérieure à Genève que pour la moyenne suisse.
L’investissement est assumé par les SIG, Palexpo mettant surtout à disposition sa toiture. Une manière pour le centre de congrès et de foires de jouer la carte du développement durable, comme l’a admis hier Robert Hensler, président de Palexpo. Pas moins de trois événements en lien avec ces enjeux se tiendront à Palexpo ces six prochains mois: un forum sur les cleantechs, un salon sur l’habitat et les énergies, et enfin une rencontre consacrée aux transports en commun. Avoir une telle carte de visite est donc un atout en termes de marketing. I

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Du soleil pour remplacer l’atome

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Quel prix de rachat?
Le plan financier des SIG pour l’installation de Palexpo permet de produire du courant au prix de 33 centimes le kilowattheure (kWh). En l’occurrence, relève André Hurter, directeur de SIG, cela en fait une opération neutre pour la régie publique, puisque c’est le prix de rachat garanti pour vingt-cinq ans via une aide fédérale versée via Swissgrid (l’opérateur qui transporte le courant). Une subvention intitulée RPC (pour Rachat au prix coûtant). Le projet de Palexpo peut compter sur cette subvention.
Des aides indirectes sont en effet versées aux entreprises ou aux particuliers qui se lancent dans ce genre de projets. Elles sont variables en fonction de la puissance installée. Pour une petite installation – par exemple l’installation de panneaux photovoltaïques sur le toit d’une villa, soit une puissance de moins de 10 kW –, le prix actuel de rachat est de 36,1 centimes le kWh. Il est de 29,4 centimes pour une installation comprise entre 10 et 20 kW et de 21 centimes au-delà.

Reste que ces prix sont régulièrement revus à la baisse par Swissgrid (ce qui explique le prix de rachat relativement élevé obtenu par les SIG, puisque c’est le prix qui avait cours lors de la conclusion du contrat qui fait foi).
En 2013, le RPC devrait passer 36,1 à 33 centimes le kWh pour les particuliers. Ceci en raison d’une décrue du prix des panneaux solaires. Le problème étant que la baisse des subventions est plus rapide que celle des panneaux. A l’arrivée, le temps d’amortissement moyen d’une telle installation augmente. «Il est passé de douze à quatorze ans et, très concrètement, j’ai quelques clients qui ont renoncé à se lancer dans l’opération pour cette raison», estime Pierre Scholl, directeur d’Auto et énergie, une PME active dans le domaine.

«Les SIG s’alignent effectivement sur le RPC fixé par l’opérateur fédéral mais, en même temps, la garantie de rachat porte sur vingt-cinq ans, l’opération reste donc sans risque», explique Isabelle Dupont-Zamperini, porte-parole des SIG. Deuxième précision: à Genève, le rachat est garanti quoi qu’il en soit. En effet, Swissgrid doit refuser du monde, le fonds alimenté par une taxe payée par le consommateur et sur lequel ces aides sont prélevées ne suffit pas.
«Nous demandons simplement que le demandeur s’inscrive à la RPC, mais nous garantissons le rachat au prix défini par Swissgrid indépendamment de savoir si cet organisme entre en matière ou pas», explique MmeDupont-Zamperini. En effet, les SIG ont démarché une clientèle qui est d’accord de payer plus cher que les prix du courant classique. Ceci via les différentes offres dites SIG-Vital. Ce qui a permis de créer un marché pour écouler ces kilowattheures plus chers que la moyenne et, partant, de garantir ces prix de rachat. PBH

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