Pierre Maudet enterre l’Office des droits humains
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GENEVE • Les services seront désormais rattachés au secrétariat général. Le magistrat promet de replacer la directrice Fabienne Bugnon, qui perd son poste.
Une deuxième tête roule au Département de la sécurité (DS). Après la démission de Dominique Roulin de la direction de La Clairière, voilà que la directrice de l’Office des droits humains (ODH) Fabienne Bugnon perd son poste. Hier, le DS a annoncé plusieurs restructurations, dont la suppression dès janvier de cette instance qui chapeaute depuis 2008 les Bureaux des délégués à l’intégration, aux violences domestiques ainsi que les services de la solidarité internationale et de la promotion de l’égalité entre homme et femme. Ceux-ci seront directement rattachés au secrétariat général.
Mme Roulin, elle aussi une femme de caractère et à la sensibilité humaniste, a été poussée au départ dans un contexte très tendu. Dans le cas de Mme Bugnon, en revanche, le DS «reconnaît pleinement la qualité du travail effectué par l’ODH, en particulier de sa directrice générale». Cet office a été considéré comme un «échelon administratif supplémentaire, précise Laurent Forestier, secrétaire général adjoint. On ne touche pas à la matière première.» Le libéral-radical Pierre Maudet, conseiller d’Etat chargé de la Sécurité, souhaitait se rapprocher de ces services, «conscient de leur importance».
«Je ne m’y attendais pas»
Cette réorganisation a été annoncée hier en même temps que plusieurs autres dans le Département de la sécurité. Elles interviennent «dans un contexte de fortes tensions budgétaires», selon un communiqué du DS.
Un argument qui n’a pas joué dans le cas de l’ODH, affirme pourtant M. Forestier. «Mme Bugnon continuera très vraisemblablement à travailler pour l’Etat.» On ne sait toutefois pas où elle sera replacée. «Des discussions sont en cours avec elle», indique M. Forestier.
«Aucune offre concrète ne m’a encore été faite», nuance Fabienne Bugnon, très affectée par la nouvelle qu’elle a apprise il y a quelques jours. «Je ne partage pas cette décision, mais je m’y résous. Je ne m’y attendais pas.» La directrice se dit soulagée que les services perdurent, même si l’avenir des missions qui lui sont directement rattachées n’est pas encore scellé. Elle mentionne la coopération cantonale de lutte contre la traite des êtres humains ou encore le programme de prévention contre les mutilations génitales.
Selon nos informations, il n’y avait pas de conflit entre Mme Bugnon et Pierre Maudet. Des interlocuteurs mettent en avant la volonté du magistrat de tout contrôler lui-même. De son côté, André Castella, chef du Bureau de l’intégration, ne pense pas qu’il sera restreint dans son action. «Pierre Maudet est très sensible aux questions d’intégration. Il s’était engagé dans la campagne ‘J’y vis, j’y vote’.» Le fonctionnaire ne regrettera pas sa cheffe: la restructuration «ne va rien changer, les services demeurent», confie-t-il.
La fin des synergies?
Parmi les partenaires réguliers de l’Office, Denise Graf, coordinatrice à Amnesty, dénonce «un grand pas en arrière» et invite M. Maudet à revenir sur sa décision: «Mme Bugnon avait l’autorité pour rendre le Conseil d’Etat attentif à des problématiques parfois ignorées ou minimisées. L’ODH a aussi permis de mettre en relation les différents acteurs des droits humains à Genève, en particulier avec la police et la justice. La mise en œuvre, au niveau cantonal, des recommandations des institutions internationales en matière de droits humains est fortement favorisée par l’existence d’un tel office.»
En 2008, Laurent Moutinot avait fait un raisonnement inverse à celui de M. Maudet lorsque il avait créé l’ODH. «Je voulais offrir un appui technique et juridique, ainsi qu’une cohérence administrative à ces services, nouveaux pour certains et qui connaissaient des difficultés. Il manquait un échelon hiérarchique, confie l’ancien conseiller d’Etat socialiste. Je pense que cela a favorisé des synergies.» Laurent Moutinot a, par courtoisie, été informé préalablement par M. Maudet de la suppression de l’ODH. Un désaveu de son action? «Il organise ses services comme il l’entend. L’essentiel est que ces activités perdurent dans de bonnes conditions.»





