Mercredi, 22 mai 2013

Orientation: des évolutions contrastées

MERCREDI 17 OCTOBRE 2012

VARIATIONS SUR L’ÉGALITÉ

Conseillères fédérales, conseillères d’Etat, policières, conductrices de bus, peintres en bâtiment, chirurgiennes, dirigeantes d’entreprise: les femmes sont présentes dans des fonctions ou professions dont elles étaient quasi absentes il y a à peine deux décennies. Leur présence dans ces univers professionnels pourrait presque sembler banale au point que certain-e-s disent que les femmes sont partout. Cette nouvelle visibilité occulte cependant un fait plus têtu que des campagnes comme la journée «Oser tous les métiers» ou «Futur en tous genres» viennent rappeler chaque année. En Suisse, comme ailleurs, les métiers demeurent inégalement répartis entre les sexes. Mais surtout les femmes demeurent concentrées dans un choix restreint de professions, alors que les hommes accèdent à une gamme de métiers plus étendue.
La parité – au sens de l’équilibre numérique – est quasiment atteinte au niveau de la participation des femmes au marché du travail, mais elle ne rime pas avec la mixité. Pour preuve, au début du XXIe siècle, cinq professions rassemblent près de la moitié de la population féminine: employée de commerce, vendeuse, infirmière, institutrice et nettoyeuse. Les trois dernières sont des métiers dits féminins au sens où les femmes représentent près de 90% des effectifs. Et cette distribution inégale des individus sur le marché du travail peine à s’estomper. Certes, les femmes sont de plus en plus nombreuses à opter pour des professions et des fonctions atypiques, dans les professions supérieures, les postes à responsabilité, mais elles sont également et simultanément de plus en plus nombreuses dans les métiers déjà féminisés.
Cette distribution inégale résulte en partie de projections professionnelles différenciées. Si le niveau de formation des femmes se rapproche de plus en plus de celui des hommes, les branches d’études et les choix d’orientation sont fortement liés au sexe. Il est vrai que les différences dans les projets des filles et des garçons sont réelles à tous les niveaux du système scolaire. Plus significatif, les métiers investis plutôt par les filles ne sont pas équivalents à ceux des garçons sur le marché du travail, en termes de rémunération et de perspectives professionnelles notamment.
Contrairement à ce que l’on a longtemps pensé, le problème est loin de se limiter aux seules filles, à leur manque de diversification ou d’ambition. Les garçons et les hommes sont aussi inégalement répartis dans les filières de formation et les professions en étant particulièrement absents de certains secteurs, ceux dits «féminins», comme les soins ou l’éducation de la petite enfance.
Afin de «neutraliser» les domaines professionnels, il est nécessaire de travailler au niveau des normes et des représentations de la féminité et de la masculinité, comme le font les campagnes politiques d’éducation actuelles. Ces campagnes permettent en effet aux filles et aux garçons d’explorer des univers professionnels nouveaux et d’élargir leur horizon. Les jeunes peuvent aborder librement avec leurs parents et des spécialistes de la formation, sans préjugés, des questions sensibles telles que leur vision de l’avenir, les enjeux du choix professionnel, les places respectives du travail et de la famille dans la vie.

 

* Sociologue.

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