Samedi, 18 mai 2013

Tout va bien

LUNDI 15 OCTOBRE 2012

Les Genevois-e-s ont accepté hier le projet de Constitution qui leur était proposé. Un vote serré – 54,1 % de «oui» – serait-on tenté de dire, au vu de la confortable majorité qui le soutenait. Hier, le soulagement était perceptible lors de la proclamation des résultats. La campagne a été rugueuse et pourrait bien laisser quelques traces. Surtout à gauche où socialistes et Verts se sont retrouvés en porte-à-faux du monde syndical et d’une partie non négligeable du monde associatif.

En effet, que se passera-t-il si telle ou telle vision à la Cassandre se concrétise? Par exemple qu’un vent de dérégulation se mette à souffler avec davantage de force sur l’Etat ou que certaines avancées annoncées peinent à se concrétiser. Certains pourraient se sentir trahis. Et ceux qui ont disqualifié de manière péremptoire les critiques répondront-ils présents lorsqu’il s’agira de contrer ces velléités en usant des instruments de la démocratie semi directe?

Hier un climat d’optimisme un peu exagéré – mais qui s’explique aussi par l’euphorie de la victoire – avait pris ses quartiers à l’Hôtel-de-Ville. Le vote de ce week-end a été présenté comme la victoire du consensus retrouvé et de bon augure pour la suite de la vie politique genevoise, jugée par trop polarisée.

On peut toutefois aussi avouer sa méfiance à ce sujet. On peine ainsi un peu à distinguer les prémisses de cette majorité gouvernementale retrouvée. Ces jours, au parlement genevois, on a surtout vu la droite patronale du PLR s’accoquiner sans vergogne avec l’extrême droite. A l’arrivée, elle a fait triompher un genevo-centrisme un peu rance au détriment de la région – un président des TPG qui ne serait pas suisse, quelle horreur ! – et renvoyé au Conseil d’Etat un projet de budget déficitaire qui lui déplait, sans formuler le début d’une proposition constructive.

Des débats qui n’annoncent rien de bon. Et où l’on devine que certaines promesses faites ne seront peut-être pas tenues. Tel élu du PLR a ainsi froidement proposé comme piste «raisonnable» l’idée d’augmenter le nombre d’élèves par classe, quand bien même on a vendu au peuple deux réformes sur l’école au nom de l’augmentation des effectifs des professeurs…

Et, si on change d’échelle, au niveau européen, la crise financière aboutit surtout à réduire la démocratie au rang des institutions politiques pour donner les clefs du pouvoir à la Banque centrale, à faire triompher les intérêts des possédants sur les droits sociaux et à orchestrer tout cela à grands coups de matraques quand les gueux ont l’outrecuidance de refuser ce diktat de l’argent mort sur la vraie vie.

Il est fort à craindre que cela ne laisse guère d’espace à une politique qui tienne compte des intérêts des plus faibles; c’est bien la position des possédants qui sera défendue. La Suisse va jouer la carte de la compétitivité plutôt que celle de la solidarité, comme le montre la nouvelle baisse d’impôt sur les entreprises qui point: elle coûtera plus de 400 millions aux caisses de l’Etat de Genève. Mais, de fait, la nouvelle Constitution prévoit que l’impôt sur les entreprises doit préserver leur compétitivité. Tout va bien, donc.

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