Lundi, 20 mai 2013

En terre brûlée

DIMANCHE 14 OCTOBRE 2012

DISQUE • CONVERGE, «ALL WE LOVE WE LEAVE BEHIND»

Si vous ne deviez acheter qu’un disque de «hardcore » cette année – voire dans votre vie –, ce devrait être celui-là. Avec plus de vingt ans d’embardées sonores et de tournées stakhanovistes au compteur, Converge se montre encore impressionnant, terrassant, et surtout pertinent. All We Love We Leave Behind («tout ce que nous aimons, nous le laissons derrière nous») est le témoignage d’un groupe sanglé corps et âme à sa vision, sans compromis ni compromissions. Lorsqu’ils ne composent pas ou ne brûlent pas les planches aux quatre vents, les Bostoniens sont au coeur d’une activité foisonnante, toujours farouchement indépendante: label discographique, studio d’enregistrement, illustration, projets musicaux parallèles. Une immersion totale qui a son coût. Ce disque est celui de trentenaires qui refusent de lâcher prise et font étalage de leurs doutes. Comment vieillir, envisager une vie sociale voire familiale, tenir des positions radicales à long terme? All We Love We Leave Behind transpire une urgence que seul un groupe fermement arrimé à son esthétique et à ses valeurs peut encore produire à ce stade. Ruades punk-hardcore à bride abattue, coups de massue métalliques, convulsions «noise» toutes stridences hurlantes, plongées «stonerblues » en contrepoint... A nouveau impeccablement produit par le guitariste et principal compositeur Kurt Ballou, ce huitième album au son à la fois incisif et organique dépasse encore en intensité son prédécesseur, le rageur Axe To Fall (2009). Une collection de brûlots aux titres éloquents: «Precipice », «Trespasses», «Vicious Muse». Souvent, en moins de deux minute, la messe est dite: roulements percussifs (Ben Koller), torrents de guitare et basse abrasives (Kurt Ballou et Nate Newton), hurlements possédés (Jacob Bannon). Mais Converge excelle aussi au moment de lever le pied, pour s’abandonner à une complainte viscérale comme l’énorme «Coral Blue», sa mélodie plaintive, sa litanie enivrante et ses choeurs qui serrent le ventre. A l’image de ce disque, mû par une conviction qui emporte tout sur son passage.

 

CONVERGE, ALL WE LOVE WE LEAVE BEHIND, EPITAPH / PHONAG

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