Neil Young, la moisson de souvenirs
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Le Loner publie une volumineuse autobiographie qui passe en revue, avec trop d'ellipses, près de cinquante ans de carrière entre folk et de rock. Frustrant.
Après les Chroniques de Bob Dylan et Life de Keith Richards, au tour de Neil Young de se lancer dans l’exercice autobiographique. Avec sa tignasse raide, ses chemises en flanelle à carreaux, sa voix aiguë et nasale et son franc-parler, le «Loner» évolue depuis près d’un demi-siècle sur le versant terrien du rock, en perpétuelle réinvention sans tourner le dos à son passé (contrairement à son camarade Dylan).
Songwriter parmi les plus influents de sa génération, Young a été successivement un pionnier country-folk avec Buffalo Springfield, un emblème de la chanson introspective et engagée (en solo ou avec Crosby, Stills, Nash & Young), du rock incandescent avec Crazy Horse, et même du grunge qui a vu en lui un parrain – en 1995, Neil Young et Pearl Jam enregistraient un album commun, Mirror Ball, et partagaient une tournée.
Le lecteur avide de révélations juteuses en sera pour ses frais. S’il n’a jamais dédaigné les plaisirs toxiques (il confesse avoir tout arrêté, question de conservation), le Canadien n’est pas connu pour les excès propres à certains de ses contemporains, chambres d’hôtel saccagées et orgies de groupies. On se rappelle «The Needle And The Damage Done», écrite en 1971, oraison funèbre extralucide dédiée aux victimes de la seringue.
Les passions de Neil Young, ce sont plutôt la campagne (on le savait depuis Harvest, bande-son du retour à la terre des hippies), les trains électriques vintage, les voitures – qu’en écolo farouche il travaille à faire rouler à l’électricité couplée au bioéthanol – et bien sûr la musique. Dans un style direct et sans fioritures, il consacre quelques belles pages à sa muse, précieuse et insaisissable, qui d’ailleurs se défile au moment où il rédige ses mémoires, ainsi qu’à ses amis musiciens ou producteurs, dont beaucoup ne sont plus de ce monde. Et il y a le son, son obsession. Bosseur obstiné doublé d’un idéaliste, Neil Young détaille son grand projet, outre la LincVolt, sa bagnole verte: le Pono (mot hawaïen pour «vertueux»), un lecteur de fichiers haute fidélité qui doit restituer à la musique la qualité que le mp3 – un crime, se désole-t-il – lui a ôté. Il disserte longuement sur la genèse de sa start-up, avec des accents de missionnaire.
Et sa carrière dans tout ça? Franchement, on en attendait davantage d’un type qui a connu la Californie du «Summer of Love», croisé toutes les figures de l’époque (y compris un obscur aspirant folkeur du nom de... Charles Manson), joué à Woodstock et Altamont, multiplié les chefs-d’œuvre tout au long d’une carrière aussi riche que diversifiée, et qui publie encore des disques souvent bons (le nouveau Crazy Horse, Psychedelic Pill, est attendu à la fin du mois). Bien sûr, tout est là, mais trop rapidement évoqué, suivant une chronologie éclatée, faite d’allers-retours incessants entre passé et présent.
S’il faut rendre grâce à Neil Young d’avoir autant de projets que de souvenirs à bientôt 67 ans, on aurait aimé un peu moins d’ellipse sur les heures glorieuses, quitte à raboter sur les mariages, les ennuis de santé et les radotages sur la mécanique et les vertus de l’amitié. Bref, ce sont là les mémoires attachantes mais frustrantes d’une forte tête, dont on préférera réécouter les disques.
NEIL YOUNG, UNE AUTOBIOGRAPHIE, TRADUIT DE L’ANGLAIS (ETATS-UNIS) PAR BERNARD COHEN ET ABEL GERSCHENFELD, ED. ROBERT LAFFONT, 2012, 546 PP.





