Röstigraben autour des vaccinations
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Votation • Le comité contre la révision de la loi sur les épizooties lance la campagne. La vaccination du bétail est en cause. La Suisse romande ne se sent pas concernée.
Ils sont naturopathes ou paysans bio mais ils sont surtout alémaniques. Le comité référendaire contre la révision de la loi sur les épizooties a choisi hier une cour de ferme de Pfäffikon (ZH) pour entrer en campagne. Ambiance terroir et dialecte. Et tant pis si la votation qui aura lieu le 25 novembre revêt un caractère national. «Il n’y a pas beaucoup de gens actifs en Suisse romande», s’excuse le naturopathe Daniel Trappitsch, fer de lance de la campagne, qui s’oppose notamment à la vaccination forcée des animaux. L’ancien conseiller national Dominique Baettig (udc/JU) est la seule personnalité romande qui affiche son appui au référendum. On peut certes ajouter le soutien du syndicat paysan Uniterre, mais ce n’est qu’une déclaration de principe. «Le comité était divisé, nous n’allons pas mettre d’énergie dans cette campagne», explique le coprésident Alexandre Delisle.
Faux débat
Au parlement, la révision de la loi sur les épizooties a passé la rampe sans coup férir. Le Conseil des Etats l’a adoptée à l’unanimité tandis que le Conseil national l’a approuvée par 192 voix contre 1 et 3 abstentions. Le texte donne à la Confédération la compétence de mener des programmes de détection précoce et de surveillance des épizooties. Elle lui permet d’acquérir des vaccins et de les distribuer gratuitement ou à des prix réduits.
«La révision n’apporte aucune modification aux programmes de vaccination obligatoire», précise l’Union suisse des paysans qui est favorable au projet. «C’est un faux débat», renchérit l’écologiste saint-galloise Yvonne Gilli qui a voté la réforme au Conseil national. En 2008, 2009 et 2010, l’Office vétérinaire fédéral (OFV) avait lancé une campagne de vaccination obligatoire contre la maladie de la langue bleue en s’appuyant sur la loi sur l’agriculture. Selon le directeur de l’Office Hans Wyss, plus les éleveurs étaient proches de la frontière française, plus ils étaient favorables au vaccin car les foyers d’infection étaient nombreux en France. Il considère la campagne comme un succès car il n’y a eu que quelques dizaines de cas de langue bleue en Suisse.
La méfiance prédomine
Ce sont cependant justement les expériences faites par certains éleveurs alémaniques lors de cette campagne de vaccination qui motivent leur opposition à la loi. A Pfäffikon, l’un d’eux a indiqué que treize de ses vaches avaient été vaccinées et qu’elles étaient toutes mortes depuis. D’une façon générale, la méfiance prédomine. Les adversaires de la révision dénoncent pêle-mêle les méfaits des vaccins pour les animaux et l’assiette des consommateurs, la concentration des pouvoirs aux mains de la Confédération, la mise sous tutelle des paysans et la compétence donnée au Conseil fédéral de conclure des traités internationaux dans le domaine de la santé animale.
L’association Netzwerk Impfentscheid (ndlr: réseau de décision sur les vaccins), dont Daniel Trappitsch fait partie, est l’élément moteur de la démarche. «Nous avons réussi à récolter les 50 000 signatures requises pour le référendum alors que personne n’y croyait», souligne le naturopathe. Il ne se laisse pas intimider par le manque de soutien des partis et des grandes organisations. «Il y a des dissidents dans chaque parti. Les petits ruisseaux forment les grandes rivières.» I
Vaccins et éducation sexuelle: même combat
Après les animaux, place aux hommes. La révision de la loi sur les épidémies qui a été mise sous toit lors de la session d’automne suscite les mêmes résistances que la loi sur les épizooties. On retrouve d’ailleurs Daniel Trappitsch derrière le référendum qui court jusqu’au 17 janvier 2013. Les adversaires du projet ne veulent pas donner à la Confédération la compétence, actuellement dévolue aux cantons, d’imposer une vaccination humaine obligatoire en cas d’urgence sanitaire.
Le front est cependant plus large que celui de la loi sur les épizooties car une partie des Verts, essentiellement alémanique, soutient le référendum. Celui-ci est en outre porté par des milieux d’inspiration religieuse, notamment l’Union démocratique fédérale (UDF), qui s’opposent à des mesures éducatives. Ils refusent que le Conseil fédéral puisse imposer aux écoles la mise sur pied de campagnes d’information sur les risques des maladies transmissibles. Ce sont les mêmes milieux qui ont lancé une initiative populaire pour limiter l’éducation sexuelle en classe. Selon eux, cette tâche incombe prioritairement aux parents.
Cette variété d’objectifs a empêché la constitution d’un front référendaire commun. La conférence de presse qui devait avoir lieu mardi dernier pour lancer la campagne a été annulée à la dernière minute. «Je refuse de siéger dans le même comité que des fondamentalistes chrétiens», s’exclame la conseillère nationale Yvonne Gilli (verte/SG) qui s’engage à titre personnel dans la bataille référendaire. Médecin, elle n’est pas contre les vaccins mais elle refuse qu’ils soient rendus obligatoires. CIM






