Broulis et Couchepin fâchent Tokyo
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INCIDENT DIPLOMATIQUE • Un groupe de personnalités suisses voyageant à titre privé a dû renoncer à aller au Japon. Celui-ci a très mal supporté sa virée sur l’île russe de Kunashir, dont il revendique la propriété.
Le voyage prévu au pays du sushi s’est terminé en queue de poisson. Un groupe de touristes suisses, composé entre autres de l’ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin et de la conseillère d’Etat fribourgeoise Isabelle Chassot, devait clore un voyage privé à Vladivostok et dans l’Extrême-Orient russe par un crochet par le Japon. Mais il a dû renoncer à se rendre au Pays du Soleil levant, après avoir failli provoquer un incident diplomatique.
Comme le révélait il y a peu «La Liberté», c’est Eric Hoesli, directeur des publications romandes de Tamedia («Le Matin», «24 heures», «Tribune de Genève»), qui avait choisi et qui guidait ces touristes pas comme les autres durant leur périple d’une dizaine de jours à Vladivostok et sa région. Outre Isabelle Chassot, l’homme de presse avait convié le conseiller d’Etat vaudois Pascal Broulis (libéral-radical), le président de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne Patrick Aebischer, la conseillère aux Etats Géraldine Savary (ps/VD) et le recteur de l’Université de Genève Jean-Dominique Vassali.
Au rang des participants figurait aussi Frederik Paulsen, président du conseil d’administration de Ferring, entreprise pharmaceutique installée depuis 2006 à Saint-Prex (VD). Ce Suédois, moteur de plusieurs expéditions scientifiques dans le Grand Nord, est aussi consul honoraire de la Fédération de Russie à Lausanne. Décoré de l’Ordre de l’amitié par Vladimir Poutine en personne en février 2008, il passe pour avoir ses entrées au plus haut niveau au Kremlin.
Et puis, il y avait donc un ancien président de la Confédération, en la personne de Pascal Couchepin. L’ex-conseiller fédéral libéral-radical valaisan a d’ailleurs évoqué son périple en Extrême-Orient le 21 août dernier sur les ondes de la Radio-Télévision suisse (RTS), dans la chronique qu’il tient dans l’émission «Forum».
Une île maudite
Ce que Pascal Couchepin n’a pas dit sur les ondes, par contre, c’est que lors de leur séjour, les Suisses en vadrouille se sont rendus sur l’île de Kunashir, qui fait partie de l’archipel des Kouriles, au large des côtes russes. Le problème, c’est que Kunashir, qui appartient à la Fédération de Russie, est également revendiqué par le Japon. Les deux pays s’en disputent la souveraineté depuis... 1855. Et le temps n’a rien enlevé à la sensibilité du différend territorial.
La preuve: sitôt qu’il apprend que des Suisses se sont rendus sur l’île, le Ministère japonais des affaires étrangères interpelle l’ambassade helvétique de Tokyo. Et selon nos informations, le ton, côté nippon, est à la colère, pas aux politesses diplomatiques. Comme l’a confirmé à «La Liberté» le Ministère japonais des affaires étrangères, c’est un article dans la presse russe, relayé par des médias japonais, qui lui a mis la puce à l’oreille.
Devant le pedigree des voyageurs, en particulier celui de Pascal Couchepin, Tokyo croit d’abord à une délégation officielle suisse. On frise alors l’incident diplomatique, même si, avec le recul, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) joue l’apaisement: «Le Japon a invité la Suisse à fournir des éclaircissements», écrit-il. Une protestation officielle est-elle parvenue à Berne? «Aucune note diplomatique n’a été reçue à ce sujet. On ne peut par conséquent pas parler d’incident diplomatique entre les deux pays», répond le département de Didier Burkhalter, pour qui «la question est close».
Ils renoncent au Japon
Si on en est resté là, c’est que, devant la tournure des événements, Isabelle Chassot, Pascal Broulis et leurs compagnons de route ont décidé de ne pas poursuivre leurs pérégrinations au Japon. Ont-ils pris cette décision d’eux-mêmes? Ont-ils été conseillés par la diplomatie suisse? On n’en saura pas plus. Contactés, Pascal Couchepin et Pascal Broulis n’ont pas donné suite à nos questions.
Eric Hoesli, lui, insiste sur le fait que «ce déplacement que j’ai organisé était strictement privé, effectué pendant mes vacances et à mes frais, n’avait aucun rapport avec mes fonctions ni caractère officiel». Même argument chez Isabelle Chassot, qui explique que «le voyage que j’ai effectué durant les vacances d’été était privé. Je ne peux que vous rappeler mon souci de séparer strictement fonction publique et sphère privée. Le voyage sur lequel vous souhaitez à nouveau m’interroger n’ayant trait de quelque manière que ce soit à l’intérêt public, je ne vois dès lors pas de raison de déroger à cette règle.» I






