Mercredi, 19 juin 2013

Netanyahou à l’ONU: au nom du choc des civilisations

VENDREDI 12 OCTOBRE 2012

AU PIED DU MUR

Cela faisait quelques années que l’on n’avait pas entendu un tel discours a l’Assemblée générale des Nations Unies. En fait, depuis la chute des néoconservateurs et l’élection de Barack Obama à la Maison Blanche. Un discours de croisade qui oppose les peuples civilisés aux barbares musulmans: «L’Islam militant se divise en différentes branches – des dirigeants iraniens et leurs Gardiens de la révolution aux terroristes d’al-Qaïda et leurs cellules radicales, qui sont en embuscade dans chaque coin de la planète… Pourtant malgré leurs différences, ils sont tous plantés dans la même terre amère de l’intolérance.» Face a ces barbares, se trouve l’Occident: «Il y a 500 ans, l’imprimerie avait permis à l’Europe de sortir de l’obscurantisme où elle était enfermée. Finalement l’ignorance a fait place aux Lumières».
Le cours d’histoire qu’a donné le 27 septembre le Premier ministre israélien aux représentants de plus de 180 nations a dû en faire bondir plus d’un, en particulier les ambassadeurs des pays africains dont les parents en savaient quelque chose de la mission civilisatrice de cet Occident judéo-chrétien cher à Netanyahou et à ses amis évangélistes. L’histoire telle qu’on l’enseignait avant la révolution coloniale, avec le bon blanc qui vient civiliser les sauvages, l’histoire de Tintin au Congo, racontée à l’ambassadeur du Congo et à ses homologues des autres pays africains.
Un cours d’histoire qui fait fi de près de 500ans d’une civilisation judéo-musulmane florissante, alors que l’Occident cher à Netanyahou vivait encore dans les ténèbres. Un cours d’histoire qui oublie que la civilisation des Lumières a aussi enfanté Auschwitz et Hiroshima.
Même s’il est loin d’être un intellectuel, je ne crois pas que le Premier ministre israélien soit ignorant au point de ne pas avoir entendu parler de l’Andalousie et de la grande civilisation musulmane qui a rayonné sur le monde entre le IXe et le XVe siècle. Nul doute que son exposé est venu soutenir un projet stratégique: «Un discours de guerre», commente le chroniqueur du quotidien Haaretz. Effectivement, pour Netanyahou, la guerre civilisatrice n’est pas terminée.
Cette civilisation que Netanyahou veut exporter par la guerre, les Palestiniens peuvent en faire la description: la domination militaire, le pillage des ressources, l’humiliation quotidienne, et, de temps à autre, des massacres. C’est ce que d’ailleurs le président Mahmoud Abbas n’a pas manqué de décrire, dans un discours sobre – peut-être même trop sobre – après le plaidoyer guerrier du Premier ministre israélien. Pour les ambassadeurs des anciennes colonies françaises, anglaises ou portugaises, la rhétorique de Netanyahou n’a pas eu l’effet escompté. Elle suintait les ténèbres du colonialisme et le rêve néoconservateur de recoloniser le monde.
 

 

* Militant anticolonialiste israélien, fondateur du Centre d’information alternative (Jérusalem/Bethléem).

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