Dimanche, 19 mai 2013

Post Tenebras Lux?

JEUDI 11 OCTOBRE 2012
Sébastien Olesen a bourlingué entre les Caves du Manoir et le Festival Electron. JEAN-PATRICK DI SILVESTRO

USINE • La tête sur les épaules, Sébastien Olesen a repris les rênes de PTR, confronté aux déficits. Comment évoluer sans renoncer à ses valeurs?

Les temps sont durs pour Post Tenebras Rock (PTR). Sise à l’Usine, l’association historique des concerts rock à Genève fêtera ses 30 ans en 2013. Elle a vu passer en son sein des personnalités comme André Waldis, Patrice Mugny, Eric Linder (Polar), David Schindler (de Two Gentlemen, label et agence de Sophie Hunger) ou encore Laurence Vinclair, programmatrice actuelle des Docks.
Mais l’âge d’or de l’alternatif est révolu. Les réseaux sociaux, l’explosion de l’offre, la concurrence accrue et la crise ont compliqué le travail des clubs, qui longtemps n’ont eu qu’à ouvrir leurs portes pour voir affluer le public. En début d’année, PTR accusait une perte de 70 000 francs sur un budget annuel d’un peu plus d’un million – dont 325 000 francs de subvention de la Ville, auxquels s’ajoute le prêt des locaux de l’Usine et la jouissance de l'Alhambra dix soirs par an.
Pour éviter le naufrage, décision fut prise de congédier le programmateur de l’époque (notre édition du 8 mars). Depuis le 1er mai, Sébastien Olesen cumule les fonctions d’administrateur – qu’il occupait jusque là – et de programmateur, dans un poste à 80% au lieu de deux 50% auparavant. D’autres mesures ont été prises: la bière est passée de 3,50 à 4 francs, les infrastructures sonores ont été rénovées grâce à une aide de la Loterie romande. Mais plus généralement, une remise en question s’impose en termes d’image, d’accueil, de communication voire de sponsoring, reconnaît sans ambiguïté le nouveau responsable.

Davantage de metal
«Nous avons remboursé nos dettes et sommes à flot, explique celui-ci. Nous pouvons à nouveau payer les avances sur cachets, les nuitées d’hôtel, les fournisseurs du bar et les salaires des permanents. L’administration a été renforcée, l’équipe est très motivée.» La programmation a-t-elle été revue à la baisse? «Pas nécessairement. Payer un cachet de 10 000 francs et remplir la salle (700 places, ndlr) est plus rentable que de prendre un bouillon avec un artiste à 2000 francs.»
PTR fait davantage de pointures metal (Arch Enemy hier soir, Entombed le 3 novembre), «car ce public-là se déplace et est prêt à payer 30 francs pour un concert qui comble ses attentes. Mais je suis conscient qu’une association subventionnée comme PTR doit s’adresser à tous les publics et proposer de la pop, de la chanson, du reggae, du rap, de l’électro. Surtout en ce moment où le Zoo est fermé pour travaux.» A suivre ces prochaines semaines: le groupe rock Firewater, les rappeurs Rockin’ Squat (fondateur d’Assassin) et Sinik, les légendes techno allemandes Mouse on Mars, la pop de Nada Surf et, valeur sûre, les Young Gods.

Professionnalisation
La marge de manœuvre est limitée car, à l’Usine, les vues sont très arrêtées quant à la politique de prix ou le sponsoring. «Les débats sont parfois vifs au sein du bâtiment, concède Sébastien Olesen. Mais si l’on veut régater avec des clubs comme les Docks, le Romandie ou Fri-son, on doit pouvoir augmenter le prix d’entrée de certains concerts et conclure des partenariats. Depuis peu, nous avons un échange de visibilité avec Couleur 3 – annonces à l’antenne contre logo sur les affiches voire banderole dans la salle pour les gros concerts. Il s’agit quand même d’un média de service public!» La collaboration avec les festivals de la Bâtie et Antigel, non rentable, a elle été suspendue. En revanche, une concertation avec les autres clubs romands devrait permettre de limiter la surenchère des cachets et mieux répartir l’offre.
Originaire de Martigny, Sébastien Olesen, 27 ans, a bourlingué entre les Caves du Manoir (où il programme toujours à l'occasion) et le Festival Electron. Ces expériences l’aident à penser au-delà des murs de l’Usine, qui s’apparentent parfois à un bunker. «On doit pouvoir conserver une éthique alternative tout en évoluant. L’Usine a besoin de sang neuf et de regards extérieurs.»
La professionnalisation passera aussi par une revalorisation des salaires. «Avec 2500 francs mensuels pour un 50% – en réalité plus proche d’un 100% –, impossible de vivre à Genève. Les gens compétents s’épuisent et partent.» Si PTR passe avec succès le cap de l’hiver, l’association fêtera ses 30 ans en fanfare. Plusieurs événements spéciaux se mijotent en secret. Viendra ensuite le moment de négocier avec la Ville la convention quadriennale pour la période 2015-2018.

 
Le Courrier
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