Avec Lestime, «nous avons replacé la fierté lesbienne au cœur de la cité»
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ANNIVERSAIRE • Voilà quarante ans que le mouvement lesbien existe à Genève. Fruit de ce combat, l’association Lestime souffle ses dix bougies lors d’une série d’événements. Rencontre.
Cela fait dix ans que les anciennes du Centre Natalie-Barney s’appellent Lestime et ont pignon sur rue dans le quartier des Grottes. Pour l’occasion, l’association de défense des lesbiennes a rempli son agenda d’automne: soirée officielle le 26 octobre, soirée 360 en décembre, débat ce soir avec les féministes de L’émiliE. Continuellement en train de jongler entre lobbysme politique, ciné-club et permanences d’écoute (250 demandes par an), deux têtes pensantes de Lestime acceptent de lever le pied pour une rencontre avec Le Courrier. Sophie Meyer (présidente) et Joëlle Rochat (coordinatrice) partagent le bonheur d’une visibilité retrouvée.
Vous fêtez cette année les dix ans de Lestime. Avez-vous l’impression de vous être fait entendre à Genève?
Sophie Meyer: Oui. Lorsque nous étions au Lignon, il y a onze ans, l’association périclitait. Obtenir un local aux Grottes, c’était donner un signal fort. Nous avions besoin de remettre au centre de la ville notre fierté lesbienne, d’où le nom Lestime. Aujourd’hui, c’est réussi.
Lestime a toujours été une association politiquement engagée et féministe. Catherine Gaillard (ancienne présidente de Lestime et ancienne présidente du Conseil municipal, ndlr) a fait un travail extraordinaire pour la reconnaissance des lesbiennes dans la politique genevoise.
Quelle est la place d’une association lesbienne non mixte aujourd’hui?
S.M.: La non-mixité est surtout une garantie d’être entre soi. Certaines des femmes qui viennent ici chercher notre écoute sont fragiles, elles ne sont pas forcément du milieu. Pour elles, Lestime est le seul endroit de répit, un espace protégé.
Joëlle Rochat: Si le mouvement lesbien a pu avoir besoin d’une identité propre pour éviter de se faire phagocyter par les gays, nous sommes heureuses aujourd’hui d’avoir renoué avec le milieu LGBTIQ (lesbienne, gay, bi, trans, intersexe et queer). Pour mener des projets d’envergure, la Fédération genevoise des associations LGBTIQ est un organe politique incontournable. Elle a permis la tenue des premières assises contre l’homophobie en 2009. Mais parallèlement, nous avons notre propre combat à mener contre la lesbophobie.
En quoi la lesbophobie est-elle différente de l’homophobie?
J.R.: En tant que femmes et homosexuelles, nous subissons une double discrimination. Nous sommes complètement invisibilisées, notamment car la sexualité lesbienne n’existe pas dans l’esprit des gens, contrairement à celle des hommes dont on parle beaucoup.
On s’est aperçu que les lesbiennes ne vont pas ou peu chez les gynécologues, qui restent associés à la reproduction. Certaines pensent ne pas en avoir besoin ou craignent de ne pas être prise au sérieux. Il y a des médecins qui méconnaissent et dénigrent complètement les pratiques sexuelles des lesbiennes1.
La tendance est sur le point de s’inverser, notamment grâce à l’enquête de Profa, une première suisse?
J.R.: Heureusement, il y a un vrai déclic parmi les professionnels de la santé et du social. Profa (la fondation vaudoise reconnue d’utilité publique en matière de santé sexuelle, ndlr) a contacté les associations lesbiennes pour combler ces lacunes.
S.M.: L’enquête sur la santé des femmes qui aiment les femmes a récolté 310 réponses, qui sont en train d’être dépouillées. A la fin de l’année, nous aurons des chiffres, pour la première fois. Nous pourrons les exploiter pour une vraie campagne de prévention ciblée.
Ce soir, votre débat avec L’émiliE s’intitule «Lesbiennes et féministes... je t’aime moi non plus?», y avait-il une hache de guerre à enterrer?
S.M.: Jusque dans les années 1980, les lesbiennes étaient très nombreuses au MLF (Mouvement de libération des femmes). Elles ont accompagné les hétéros dans toutes leur manifestations. Puis elles ont senti la nécessité de créer un groupe distinct. Notre objectif maintenant est de redynamiser cet ancrage féministe vers de nouvelles synergies, culturelles, sociales.
Aujourd’hui, c’est la journée internationale du coming out, quel message voulez-vous faire passer?
S.M.: Si l’invisibilité permet d’échapper à certaines discriminations, elle est en même temps mortifère.
J.R.: Etre visible c’est permettre à d’autres de l’être aussi. Pour les LGBTIQ, le coming out, c’est tous les jours, tout le temps.
- 1. Une liste de gynécologues lesbian friendly est disponible à Lestime.
«Lesbiennes et féministes...Je t’aime moi non plus?», conférence-débat avec L’émiliE, ce soir à 19h, Maison de quartier de Saint-Jean. Tout le programme sur www.lestime.ch





