Le refus du RER-Transrun fait bouger le paysage politique
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NEUCHÂTEL • Le Chaux-de-Fonnier Michel Hess démissionne de l’UDC, tandis que le PLR devra faire son introspection. Les futurs Vert’libéraux en profiteront-ils?
Les conséquences du «séisme» engendré par le refus du RER-Transrun n’ont pas fini de se faire sentir dans le canton de Neuchâtel. Si des initiatives citoyennes voient le jour dans le Haut (lire ci-contre), les partis commencent quant à eux à être atteints par les répliques.
Même pour l’UDC, pourtant très majoritairement opposée au projet – à l’exception d’une partie de la section de La Chaux-de-Fonds –, ce refus populaire ne sera pas totalement sans conséquence. Fervent pro-RER-Transrun, le président de la section de La Chaux-de-Fonds Michel Hess, conseiller général et député suppléant au Grand Conseil, a envoyé hier sa lettre de démission. «Je quitte toutes mes fonctions à l’UDC, mais je reste membre du Conseil général et des commissions, où je compte siéger en tant qu’indépendant. J’ai encore quelques missions à accomplir», note-t-il. L’avis de droit émis par le constitutionaliste Pascal Mahon à la suite de la démission en bloc du Conseil général de la section Neuchâtel de l’UDC lors de la dernière législature lui en donne en effet la possibilité.
«Dictature UDC»
«Je ne peux plus m’identifier à un parti qui fonctionne comme une dictature et n’admet pas les avis divergents», dénonce-t-il. «La campagne contre le RER, basée sur des mensonges, a été menée de manière inacceptable. Yvan Perrin, qui savait très bien que le projet de H20 n’était pas lié au RER, a pourtant dit le contraire. Ambitieux, il est capable de tout pour parvenir à ses fins. Et je ne parle pas de l’attitude catastrophique du vice-président du parti (Raymond Clottu, ndlr). L’UDC dit non à tout et n’a aucune vision pour le canton. Le seul point sur lequel je la rejoins, c’est sur les questions financières», ajoute-t-il.
Contacté, le président de l’UDC neuchâteloise Yvan Perrin ne semble pas s’inquiéter outre mesure de cette démission: «Il n’est jamais bon de perdre un membre. Mais si chaque fois qu’une personne minorisée démissionnait, il n’y aurait plus personne dans les partis. L’assemblée générale de l’UDC s’est prononcée à une très large majorité contre le Transrun et le comité central a appliqué cette décision. L’inverse aurait été grave», relève-t-il. Quant au conseiller communal chaux-de-fonnier UDC Jean-Charles Legrix et au conseiller général Marc Schafroth, tous deux favorables au projet, ils comprennent la déception de Michel Hess mais déplorent sa décision.
Selon nos informations, Michel Hess pourrait à moyen terme intégrer les Vert’libéraux, dont l’assemblée générale constitutive doit avoir lieu début novembre, et créer une section à La Chaux-de-Fonds. Une information que l’intéressé refuse pour l’heure de confirmer, même s’il admet vouloir poursuivre la politique. Du côté du secrétariat national des Vert’libéraux, on confirme avoir eu un contact avec Michel Hess et s’être engagé à le joindre dans le courant du mois d’octobre. Mais tant que le parti cantonal n’est pas constitué, il n’est pas possible d’en savoir davantage.
Vert’libéraux gagnants?
La question d’un transfuge vers les Vert’libéraux se murmure aussi en coulisses concernant le conseiller d’Etat Claude Nicati, contre qui le PLR est parti en cabale, apparemment bien décidé à l’évincer lors des primaires qu’il organisera le 1er décembre (notre édition du 6 octobre). Le président pressenti des Vert’libéraux neuchâtelois Raphaël Grandjean dément tout de go: «Il s’agit d’un phantasme de journalistes, aucun contact n’a été pris avec M. Nicati», affirme-t-il.
Quoi qu’il en soit, le «fusible Nicati» sautera peut-être, mais le problème de fond persistera. Profondément divisé sur le RER-Transrun, le PLR, né en 2008 de la fusion entre libéraux et radicaux, ne pourra pas faire l’économie d’une profonde remise en question interne. Avec des conséquences sur la cohésion du parti difficiles à estimer. «Le PLR pourrait connaître quelques heures difficiles», confie Claude Nicati.
En vacances cette semaine, ce dernier dit vouloir prendre un peu de recul avant de décider s’il tentera sa chance lors des primaires (avec le risque de ne pas figurer parmi les cinq candidats), renoncera à se représenter (et quittera la politique) ou se présentera sous une autre bannière.
Mais une chose est sûre: l’arrivée des Vert’libéraux, qui ont déjà reçu une centaine de demandes d’adhésion, pourrait modifier quelque peu les cartes politiques dans le canton. Avec, peut-être, en prime, la votation sur le RER-Transrun comme catalyseur.
«Le Haut veut vivre» lance son initiative
La plateforme «Le Haut veut vivre», née sur Facebook le soir du refus populaire du RER-Transrun (notre édition du 2 octobre), a décidé hier de lancer une initiative populaire. Celle-ci demande la mise en service, avant 2025, d’une liaison ferroviaire rapide entre Le Locle et Neuchâtel en moins de 17 minutes, avec une cadence possible à 15 minutes. La récolte de signatures débutera symboliquement le 23 octobre. Robin Erard, l’un des initiateurs de la plateforme, répond à nos questions.
Pourquoi avoir choisi la voie de l’initiative populaire?
A la question «comment se faire entendre en tant que citoyens?», nous répondons en utilisant l’initiative, un outil mis à la disposition de la population pour se faire entendre par les élus politiques. Il s’agit d’une suite logique à la page Facebook, qui n’a aucun poids légal. Notre démarche se justifie d’autant plus qu’un groupe politique réfléchit à la possibilité de lancer un nouveau projet.
Selon vous, il existe donc un plan B pour relier le Haut et le Bas en 17 minutes?
En annonçant ce temps de trajet, cela signifie que si le plan B existe, il sera proche du projet présenté en votation. Sur les huit variantes étudiées, toutes, à l’exception du Transrun, se situaient au-dessus de ces 20 minutes, qui constituent pour nous un seuil psychologique à ne pas dépasser si on pense en termes de transports publics performants et de projet d’agglomération. Nous n’aurions pas demandé 17 minutes si les résultats de la votation n’avaient pas été si serrés, si les opposants n’avaient pas gagné grâce à une campagne mensongère et une fronde anti-Nicati. On pense qu’on ne trahit pas le peuple en demandant de voter, par solidarité, sur un besoin des citoyens du Haut. Notre objectif est de défendre les intérêts des Montagnes, mais nous ne sommes pas contre le Bas et les vallées. Nous espérons qu’un contre-projet suivra notre initiative et qu’il englobera les autres régions et reprendra le concept du RER.
Un autre groupe s’est constitué pour réfléchir à l’autonomisation du Haut. Comment vous positionnez-vous face à cette position plus radicale?
On ne s’associe pas pour l’instant à l’idée de la séparation, sans pour autant renier ce que fait ce groupe. Si on n’obtient rien d’ici quelques années, on se posera certainement la question. Mais ce n’est pas notre premier moteur.
PROPOS RECUEILLIS PAR CGM





